—Je veux faire un fouet avec ma baguette; je veux de la ficelle!
—Je vais sonner la bonne, dis-je en me levant pour atteindre le cordon.
—Je vais sonner, madame! je veux sonner! s'écria aussitôt le petit garçon en se précipitant vers le coin de la cheminée, et avec la pétulance de mouvement qui distingue les enfants… intelligents et robustes, je le reconnais, le voilà qui se cramponne comme après une échelle à une petite étagère, afin d'atteindre le cordon de sonnette; sous les petits pieds chaussés de souliers forts et ferrés, l'étagère de peluche chancelle et s'effondre; encrier, livres, papiers, corbeilles qui se trouvaient dessus roulent à terre avec le petit garçon! Brouhaha général! tout le monde se récrie et environne le désastre!
Heureusement il n'y avait pas de bimbelots précieux sur mon étagère; j'en riais donc, en voyant que l'enfant, relevé par sa mère, n'avait aucun mal.
—Je vais sonner, repris-je, la bonne ramassera tout cela.
Mais aussitôt le petit diable de se débattre et de crier de nouveau:
—C'est moi qui sonnerai; attendez, je veux sonner!
Et la mère, complaisante, me dit en élevant son fils dans ses bras:
—Pardonnez-le, Madame, c'est un enfant gâté! Une fois qu'il aura sonné, il se tiendra tranquille!
Le petit garçon saisit le cordon de ses deux mains et le tira avec violence. Un violent coup de sonnette fut entendu à travers les murailles, pendant qu'un bruit comme le cinglement d'un fouet retentissait dans le salon et que la maman avec son enfant tombait renversée sur un fauteuil qui se trouvait heureusement là! il avait arraché le cordon de sonnette! En le voyant dans ses mains, il voulut bien s'arrêter de crier, un peu penaud.