L'enfant aurait très bien pu aller fermer la porte, puisqu'il était si intelligent et si fort; mais c'est ainsi que les parents pratiquent la plupart du temps. Sous le prétexte de santé, de développement, ils laissent faire le mal et ne pensent pas à l'utile et au bien.

—Je ne doute pas que ce petit garçon, de même qu'Odette, dis-je à la mère de celle-ci quand les autres furent partis, ne deviennent, elle une jeune femme et lui un jeune homme charmants, par la suite des années; mais ils n'en comporteront pas moins en eux-mêmes les défauts que leurs parents laissent prendre pied en eux, tandis qu'il aurait été facile de les détruire à l'état de germe.

CHAPITRE VI

PUNITIONS ET RÉCOMPENSES.

Il faut avouer que dans la science d'élever les enfants, on rencontre des questions terriblement difficiles à résoudre, et sur lesquelles les conseils les plus divers se trouvent également bons et mauvais. J'avoue que, pour mon compte, je trouve que la meilleure éducation (non pas instruction) est celle que la mère donne avec son cœur, sans principes arrêtés, et en en modifiant ainsi le mode, suivant les circonstances innombrables qui se présentent et la nature de l'enfant. Pour obtenir un résultat satisfaisant, il est indispensable que le cœur de la mère soit droit et sain, ainsi que son jugement; mais l'instinct maternel est si puissant, que les règles définies doivent être laissées aux personnes qui élèvent des enfants étrangers.

Sur le chapitre des punitions et des récompenses, les données sont assez certaines, et peuvent s'appliquer à peu près à toutes les natures; cependant il en est sur lesquelles bien des parents ou des maîtres font facilement fausse route. Il est des récompenses nuisibles, des punitions que les enfants désirent, et alors le but se trouve complètement manqué. Il faut se garder, par-dessus tout, de se servir d'un défaut de l'enfant pour le corriger d'un autre. Le remède serait souvent, dans ce cas, pire que le mal; et c'est une erreur dans laquelle il est facile de tomber. L'autre jour, une belle petite fille, capricieuse comme un petit démon, pleurait devant moi pour un bobo insignifiant. Sa mère, afin d'obtenir qu'elle se tût, lui dit: «Tu n'es pas jolie, va, quand tu pleures; si tu savais comme tu deviens laide!»

L'enfant sécha ses larmes à l'instant, et se mit de suite à sourire en faisant briller ses yeux. Il est évident que cette petite fille sera d'une coquetterie effrénée, si on continue à la menacer de devenir laide. A huit ans, une enfant ne doit pas savoir ce que c'est que la beauté, et je me rappellerai toujours cette réponse pleine de candeur que j'ai entendue, de la part d'une fillette de douze ans, fort avancée pour son âgé dans ses études, mais à l'âme naïve comme une enfant la conserve naturellement si elle est bien élevée par une mère tendre et pieuse.

—Cette petite amie dont vous nous parlez tant, et qui a quatorze ans, est-elle bien? lui demandait une jeune femme du monde, à qui être bien, semblait le point le plus important.

—Oh! oui, elle est très bonne! répondit l'enfant.

—Mais est-elle bien physiquement?