—Elle a l'air très doux et très aimable…….
—Oui, certainement, mais je vous demande si elle est jolie?
—Ah! je ne sais pas, dit la petite interloquée, je crois que oui; elle est si bonne, si instruite, si sage, que, bien sûr, elle doit être jolie!
Pour cette candide enfant, la beauté ne pouvait marcher sans la sagesse.
Menacer une enfant, lorsqu'elle fait mal ses devoirs, de ne pas lui mettre sa robe neuve, ou de lui donner du pain sec, c'est l'exciter à la vanité et à la gourmandise; si elle n'est pas encline à ces défauts, c'est la porter à répondre: Ça m'est égal.
Mais, dira-t-on, que faire? Priver une enfant de sortir peut nuire à sa santé; lui faire faire des pensums la dégoûtera du travail.
Tout cela dépend beaucoup des circonstances et des dispositions de chaque enfant; une mère sérieuse et attentive sentira instinctivement ce qui peut être utile au sien. Si ce dernier a été bien élevé, il suffira de le prendre par le cœur, par les sentiments; de lui faire sentir combien sa conduite est ingrate envers ses parents, comme il les afflige, au lieu d'être leur consolation, et lui inculquer qu'on n'est quelque chose dans le monde que par les bonnes qualités et le savoir.
Si l'enfant a du cœur, c'est-à-dire si l'égoïsme des parents ne l'a pas desséché, cela suffira la plupart du temps; sinon, il faudra user d'une grande fermeté. «Si tu ne veux rien faire pour tes parents, si tu es mauvais contre toi-même, lui dira-t-on, moi je veux accomplir mon devoir, je ne veux pas être une mère coupable, et c'est pourquoi je ne te céderai pas.»
Mais il ne faut pas faire durer le châtiment plus que la faute; il faut, au contraire, accorder bien vite le pardon comme la meilleure récompense.
Il est évident que, pour cela, il faut s'occuper de son enfant, et ne point l'abandonner aux mains de bonnes, décorées du titre de gouvernante, comme cela arrive souvent pour imiter les nurseries anglaises; dans ces familles où l'on veut singer le luxe, et où, ne pouvant le posséder à fond, on se contente de l'écorce, les enfants sont plus souvent à l'office qu'au salon.