De là viennent les éducations déplorables que nous avons sous les yeux; nos enfants ne se donnent même plus la peine de dissimuler leurs défauts, et ce sont les manières et les propos de la cuisine et de l'écurie que nous voyons introduits dans nos salons.
La privation de récréation est la meilleure punition sans contredit; je ne dis pas la privation de sortie, mais celle de jouer. La mère qui laissera son enfant seule, pour la punir, pendant qu'elle-même sortira, fera naître dans ce petit cœur de l'aigreur et de l'envie; lorsqu'elle rentrera, l'enfant n'aura rien fait, se sera peut-être, au contraire, amusée. La priver de jouer est une vraie punition.—«Mais il y a des enfants qui n'aiment point le jeu.»—C'est un malheur. Un enfant n'aimant point à jouer m'a toujours semblé une anomalie; c'est un cas fort rare, sinon nul, provenant de la nature; mais la mauvaise éducation actuelle le fait naître souvent. Ces petites filles dont on fait de véritables poupées, qu'on pare comme de petites cocodettes, qui savent, au sortir du berceau, endurer des chaussures étroites, et se priver de sauter à la corde pour ne point faire craquer leurs corsages, préfèrent ne point jouer et se pavaner comme des dames. C'est, je le crains bien, perdre son temps, que de dire: «Habillez vos enfants simplement, laissez-les jeunes, candides, tant que vous pourrez», car ces mauvaises habitudes sont invétérées partout maintenant.
Comment des parents qui osent dire souvent que la sagesse et le savoir viendront à leurs enfants tout seuls avec l'âge, sans les corriger ni les forcer à travailler, comment ne pensent-ils pas alors que les goûts de coquetterie et les idées du mal et du luxe sauront bien aussi venir aussi vite et sans encouragement?
Il existe une grande controverse sur la question de savoir si l'on doit frapper les enfants. Certaines personnes y sont complètement hostiles; d'autres, en ayant vu d'excellents résultats, soutiennent ce système. Il est bon dans certaines données très restreintes. Une claque, une fouettée, sont, dans bien des cas, le meilleur et l'unique moyen pour venir à bout, je ne dirai pas d'une mauvaise nature, car c'est précisément avec celles-là qu'il faut employer le plus de douceur, mais d'une nature apathique, indifférente, comme on en rencontre quelquefois. Premièrement, l'enfant ne doit jamais être frappé par des étrangers ou des subalternes; ensuite, c'est sur le moment même, cédant à l'impatience, qu'on administrera une calotte, mais je désapprouve absolument cette mère de ma connaissance, qui disait à une gouvernante: «Demain vous donnerez le fouet à Charles, parce qu'il m'a désobéi ce matin.» C'est l'humiliation, la crainte de se trouver en face d'une colère plus grande, qui produit une émotion salutaire dont l'enfant ne se rend pas compte et qui l'impressionne. Ensuite, on ne doit jamais frapper un enfant après huit ans. A cet âge, le raisonnement que, plus jeune, il ne pouvait comprendre, doit suffire.
Bien des parents disent:—«Voyez mon enfant, je ne l'ai jamais frappé, jamais puni,»—et on est tenté de leur répondre:—«Il est facile de s'en apercevoir, car il en aurait bien besoin.»—Certes, avec l'âge, tous ces défauts, ces caprices de l'enfant qu'on n'a jamais puni, s'aplanissent aux yeux des indifférents, mais ils n'ont point disparu du naturel; l'hypocrisie, l'usage du monde seuls les recouvrent, et on peut dire d'eux: Grattez le Russe, vous retrouverez le Tartare.
On doit aviser que les récompenses aient toujours un côté utile. Ainsi on promettra à l'enfant de lui laisser lire une histoire qu'on aura choisie instructive, de lui laisser faire une robe pour sa poupée; la mère qui aura su inspirer à sa fille de regarder ses leçons de piano et de dessin comme des récompenses, et l'en privera en punition, aura obtenu un excellent résultat.
CHAPITRE VII
JE SUIS COMME ÇA!
Que voulez-vous! je suis comme ça! Il n'y a rien à faire; je le sais bien, je suis méchante, je suis entêtée, paresseuse, bornée, mauvaise tête, etc., mais c'est dans ma nature!—Elle est comme ça! Elle ressemble à son père, il faut tâcher de s'en arranger! ajoute la mère.
Entre les défauts et les petits travers qu'il est bon de corriger dans les enfants, et de se défendre quand on est à l'âge de raison, le pis est celui de se résigner à ses défauts. C'est d'un orgueil inique d'avouer sa faute avec ostentation; c'est d'une indifférence coupable que de s'y résigner au lieu de chercher à s'en défendre.