A aucun prix, il ne faut permettre à un enfant de dire et de penser une chose pareille.

Très souvent, à force de répéter à un enfant: «Tu es un niais, tu seras toute ta vie un imbécile,» il arrive qu'au lieu de le stimuler, on le paralyse. Il s'entête dans ses mauvaises dispositions, il en prend son parti, et arrange sa petite vie avec son défaut.

Tous les caractères ne sont pas énergiques; il y en a qui sont apathiques et n'aiment pas la lutte: d'ailleurs, il est bien plus facile de s'abandonner à ses défauts que de lutter avec eux.

—Que voulez-vous? J'ai toujours été paresseux et ivrogne: je tiens cela de mon père; on n'a jamais rien pu faire des garçons dans notre famille: misérable je suis, misérable je resterai… à quoi bon me donner de la peine; je n'y arriverai pas. Ainsi parle celui qui préfère ne pas se corriger.

Certes, il n'est pas toujours facile de vaincre ses habitudes ou ses instincts, de se refaire une seconde nature; c'est d'autant plus difficile qu'on n'a pas été habitué dès l'enfance à considérer les difficultés en face. Ensuite, c'est là une excuse si facile pour ne pas se contraindre et pour se laisser aller!

Mais c'est surtout dès l'enfance qu'il faut prévenir l'homme de cette faiblesse et ne pas la lui permettre. Pour bien élever un enfant, il faut étudier son caractère, non pour s'y conformer, mais pour savoir comment le redresser.

Il y a des natures qui sont faites pour la lutte, et qui n'ont pas besoin d'être stimulées; en piquant légèrement leur amour-propre, en les humiliant, on les réveille, ne serait-ce que par esprit de contradiction. D'autres, au contraire, se découragent par les reproches, prennent les choses pour définitives et irrévocables, se buttent, s'habituent au mal, deviennent indifférents. Ceux-là ont besoin d'être soutenus par des éloges, d'être encouragés, secoués.

—Tu n'es ni plus maladroit ni plus stupide qu'un autre, et tu peux réussir aussi bien; seulement la volonté te manque; Dieu t'a doué comme ses autres créatures, mais c'est à toi de te développer, de te ciseler; tu ne veux pas prendre autant de peine que ton voisin; c'est une mauvaise paresse dont il faut que tu te corriges, et dont tu te corrigeras, je le veux!»

Ainsi parlait une mère à son enfant, qui se hasardait à lui tenir le langage d'une résignation feinte et ridicule.

C'est de la lâcheté de se laisser aller à l'existence passive. Et combien de gens se persuadent qu'ils ne peuvent pas faire telle ou telle chose, simplement parce qu'ils ne se donnent pas la peine de l'essayer!