Il est vrai qu'il y a des aptitudes, des vocations; mais la plupart du temps ces aptitudes proviennent encore plus de la direction donnée par l'éducation que du naturel. Que de défauts proviennent de l'éducation et combien d'autres sont supprimés aussi par l'éducation!

Le naturel existe évidemment, mais il peut être modifié, et il demande à être combattu, dirigé et mis à profit avec opportunité.

N'est-il pas prouvé qu'un fieffé voleur peut devenir un excellent surveillant? La plupart du temps, nous allons vers le mal faute de savoir nous diriger dans la voie du bien.

En résumé, si notre prochain est forcé de nous accepter comme nous sommes et de s'arranger de notre caractère et de nos défauts, nous, nous devons travailler sans nous laisser à nous améliorer, et non nous considérer, avec un fanatisme oriental, comme une chose indépendante de notre propre volonté.

Combien il est d'un esprit faible et étroit de renier ainsi l'étincelle si noble et si curieuse de la volonté que la Providence a mise en nous, et qui nous permet de nous diriger selon notre guise! La devise belliqueuse «vouloir c'est pouvoir» est parfaitement vraie dans ce qui concerne ce qui est réellement en notre pouvoir, ce qui nous appartient en propre. Ainsi, nous voulons faire mouvoir notre bras, nous le pouvons; nous voulons modérer notre colère, il suffît d'y penser, pour nous calmer.

Avec une attention continue, un exercice constant, nous pouvons aussi bien rendre nos doigts agiles que plier notre caractère.

Cela ne dépend absolument que de notre volonté, et il est absurde et faux de dire: «Je suis comme ça! je n'y puis rien!»

CHAPITRE VIII

RÈGLEMENT DE LA JOURNÉE D'UN ENFANT A L'ÉPOQUE DE SON INSTRUCTION.

Je ne saurais trop le répéter il ne faut pas songer à élever un enfant sans s'en occuper beaucoup, et c'est bien là le motif qui décide tant de mères à mettre leurs enfants en pension. Elles ne veulent ou ne peuvent s'en occuper. Les mères qu'un travail matériel ou intellectuel, mais nécessaire, retient, sont tout à fait excusables; et ce n'est pas elles que nous blâmerons. Mais je ne puis m'empêcher de m'étonner, et de juger un peu sévèrement, ces jeunes femmes instruites, possédant tous les talents et toutes les connaissances utiles, n'ayant rien à faire, toute la journée, que pianoter, broder, faire des visites et en recevoir, et qui se dérobent au soin d'élever leurs enfants, de les instruire, sous le prétexte qu'elles n'ont pas le temps ou que leurs enfants ne leur obéiraient pas et qu'elles n'obtiendraient aucun bon résultat. C'est un peu vrai, parce qu'elles ne sauraient pas ou ne voudraient pas s'y prendre comme il le faut.