La gymnastique et la danse se placent dans les heures de récréation.
Les enfants que l'on mène au cours n'ont pas besoin de sortie spéciale, mais il leur faut néanmoins une récréation avec des camarades.
Les langues étrangères peuvent en partie s'apprendre en même temps que le travail à l'aiguille ou les ouvrages de main. Les enfants ont tant de choses à apprendre qu'il faut utiliser les moindres minutes. Les Anglaises et les Allemandes sont très adroites en matière de petits ouvrages; une gouvernante chargée d'apprendre ces langues pourra donc, en même temps, démontrer les travaux et aussi promener les enfants. A Paris, on a, pour les fillettes élevées dans leurs familles, presque universellement adopté les cours. Une gouvernante étrangère, connaissant assez le français pour servir de répétiteur, est parfaite, si la mère ne veut pas se consacrer entièrement à l'éducation de ses filles.
Car il n'y a pas de milieu: ou il faut s'en occuper presque exclusivement et renoncer au monde, à ses plaisirs, ou ne pas s'en mêler.
Comme il est impossible d'apprendre tout à la fois et que les heures du jour n'y suffiraient pas, il faut savoir faire un choix dans les études qui doivent marcher de front, ensuite le travail doit augmenter progressivement. A cinq ans, une enfant de force ordinaire peut commencer en même temps la lecture, l'écriture et la musique: la mémoire s'exercera sur de petites fables. Aussitôt qu'elle saura écrire, on commencera les petits devoirs, la grammaire, l'histoire, la géographie, un peu de calcul, un peu de travail à l'aiguille et une langue étrangère. Une fois entré en pleine période de l'instruction, c'est-à-dire de huit à quatorze ans, on appuiera surtout sur la langue française, l'histoire; la préparation à la première communion prend beaucoup de temps, s'il est permis d'appeler temps perdu les leçons qu'on reçoit au catéchisme; les analyses sont d'excellents devoirs de style.
Les arts d'agrément doivent être de préférence laissés de côté pendant cette période. Les quelques heures consacrées au dessin, par exemple, risqueraient fort d'être perdues. On peut à tout âge apprendre à dessiner ou à parler l'anglais; il serait ridicule de ne pas connaître la grammaire à quinze ans, et le mécanisme du piano s'obtiendrait difficilement à cet âge. Lorsque la fillette est devenue jeune fille, qu'elle a franchi les principales difficultés de l'instruction, que son intelligence développée, son jugement formé, lui permettent de saisir plus promptement, de travailler plus sérieusement, alors de pianiste elle devient musicienne, ses doigts ont conquis l'agilité nécessaire au mécanisme, son goût va se former. Elle apprend la peinture, elle se perfectionne dans les langues étrangères et dans les branches de l'instruction si intéressantes qu'elle a effleurées surtout pendant les vacances, la botanique, l'histoire naturelle, les littératures étrangères, etc.
Je termine ce long chapitre, dont le sujet est cependant bien loin d'être épuisé et sur lequel j'aurai occasion de revenir, en appuyant surtout sur la nécessité d'apprendre à la jeune fille à rester chez elle, à s'occuper chez elle, à savoir se dispenser de sortir, même pendant plusieurs jours de suite! Pour combien de femmes ceci semblera une énormité! Combien j'en connais à Paris, qui me disent d'un air tout à fait candide:
—Oh! moi, je sors très peu; il m'arrive très fréquemment de ne sortir que deux fois par jour!
Le règlement que j'ai donné pour la journée d'une petite fille a pu paraître sévère, et cependant je dois reconnaître qu'il n'est que juste, et la plupart des parents sensés le reconnaîtront tel. On ne saurait trop appuyer sur un régime hygiénique très sévère.
Il y a surtout quelques points précisément hygiéniques sur lesquels il est nécessaire de revenir, afin d'attirer de nouveau l'attention sur leur urgence: le lever tôt et le coucher tôt, les soins de la chambre, et l'éloignement du feu. Un enfant qui se remue n'a jamais froid; d'ailleurs, il est préférable de le couvrir chaudement, de lui mettre de bons bas fourrés et des corsages de laine, que de l'habituer à s'approcher du feu, si l'on ne veut avoir un petit être étiolé, fané et ridé.