Elles ne regardaient point d'un œil d'envie les clientes qui contribuaient à leur fortune, et ne croyaient point déroger en faisant acte de présence au magasin. Celles-là ont été vraiment gaies et heureuses toute leur vie, car il est toujours heureux celui qui sait se contenter de ce qu'il a.

L'ambition est un noble sentiment quand il est bien dirigé et qu'il ne dépasse pas le but qu'il est donné d'atteindre en faisant le bien.

La partie de l'instruction concernant le ménage comprend la couture, le repassage, la cuisine, le soin des malades et des enfants, la connaissance de la viande pour l'alimentation, celle des problèmes de l'économie domestique, etc.

La jeune fille, élevée par sa mère à s'occuper dans la maison, se trouve insensiblement initiée à ces travaux. Malheureusement, il arrive souvent que les mères, soit par faiblesse, soit par ambition mal-placée de rester maîtresses souveraines de leur intérieur, soit, la plupart du temps, par amour-propre maternel, pour laisser à leurs filles plus de loisir à jouer la femme du monde, se réservent ces occupations prosaïques, et lorsque la jeune personne se trouve subitement, par le mariage, à la tête d'une maison et d'une famille, tout est à refaire dans son éducation et ses habitudes.

L'érudition féminine doit porter spécialement sur l'arithmétique, généralement trop négligée; sans repousser l'étude de l'histoire et de la géographie, ainsi que celle de la littérature, on devrait appuyer plus qu'on ne le fait sur la botanique, enseigner un peu de médecine, un peu de chimie au point de vue domestique; ces notions seraient bien utiles à une mère de famille ou à une maîtresse de maison, que l'art de pianoter très imparfaitement, ou de savoir analyser les matières qui composent le soleil ou la lune, ainsi qu'on l'enseigne dans tous les cours de physique spéciaux aux jeunes personnes.

J'ai déjà eu l'occasion d'entretenir mes lectrices sur l'éducation professionnelle des femmes. Je pense donc inutile de répéter ce qui a été dit à ce sujet. La profession faisant partie de toute instruction féminine bien entendue, ne doit pas être purement nominale, de sorte que, lorsqu'il s'agit d'en faire usage, elle s'évanouisse en fumée et en projets; telle jeune fille se croit capable, parce qu'elle chante agréablement, de pouvoir, le jour qu'elle le voudra, aborder l'Opéra et gagner cent mille francs par an. Telle autre, qui réussit assez joliment la copie d'un petit tableau, ne doute pas que dans son pinceau, elle ne possède une fortune, et considère ses moindres esquisses comme des objets précieux.

Les personnes qui n'ont jamais travaillé pour de l'argent sont généralement imbues de l'idée que rien n'est plus facile que d'en gagner, et c'est une chose extraordinaire combien les débutants ont d'exigence et de prétentions exorbitantes.

Je n'entends pas non plus pour les femmes de ces professions masculines, comme certains économistes voudraient leur en faire prendre, professions les entraînant dans un milieu hors des attributions de leur sexe.

Il faut leur enseigner des professions pratiques, véritables, n'existant pas que dans l'imagination, susceptibles de leur être utiles d'un jour à l'autre, n'exigeant ni bassesse, ni aptitudes exceptionnelles, ni protections spéciales, mais seulement du travail, comme il en faut pour tout.

Il leur faut, surtout, apprendre à ne point rougir de les avouer, à se faire honneur d'être capables de quelque chose d'utile.