Il serait trop long, et je sortirais du cadre que je me suis tracé, si je voulais entrer ici dans les détails de l'éducation de l'âme et du cœur, appelée à tenir bien plus de place dans la vie d'une femme et à avoir bien plus d'influence sur son existence que l'instruction: éducation qui ne doit pas se borner, ainsi que je l'ai fait entendre au commencement de ce chapitre, à leur donner de la piété et de la vertu en apparence seulement, mais à pratiquer le bien dans la solitude comme devant la foule, et à avoir horreur et répulsion pour tout ce qui est mal, plutôt pour l'acquit de leur conscience que pour le qu'en dira-t-on du monde.

CHAPITRE XII

LES ARTS D'AGRÉMENT.

I

La musique au point de vue de l'instruction masculine.

Est-il utile que mes fils apprennent la musique? demande une mère.

Oui, certainement oui. Faites tout votre possible, employez toute votre autorité, pour que vos fils soient aussi musiciens que vos filles, et apprennent un instrument quelconque.

Quelle jouissance, quel agrément, quel bienfait pour leur avenir cela peut leur procurer, de quelle utilité, de quelle ressource cela peut leur devenir, vous ne vous en faites pas une idée, puisque vous posez cette question.

Dans le monde, à part la petite satisfaction de vanité, ce talent, aussi petit qu'ils l'aient, les fera rechercher et aimer de leurs supérieurs; un aide-de-camp, un secrétaire, un fonctionnaire de l'administration, un jeune magistrat, arrivant dans une petite ville, présenté dans une société, se voit de suite agréé, accueilli d'une manière bien différente, s'il est précédé d'une réputation de musicien. Il sera donc bon à autre chose qu'à danser, qu'à dire des niaiseries, qu'à stationner devant le buffet, se dit-on, et on en conclut, avant même de le voir, qu'il doit être un homme distingué, ou du moins qu'il en a reçu l'éducation. Il trouve plus facilement accès dans les familles et près des femmes de la bonne société; étant plus à même qu'un autre de se plaire avec ces dernières, d'apprécier leurs distractions et d'en jouir, il est, par ces motifs, éloigné des compagnies communes et perverses.

Car, en laissant de côté la considération que cela puisse contribuer, dans bien des cas, à l'avancement d'un jeune homme et à sa position dans le monde, l'influence que la connaissance de cet art a sur ses sentiments et sur ses habitudes, est incontestable. «Dieu nous a donné la musique pour calmer nos passions», a dit Platon. Lorsqu'on est initié aux pensées sublimes et élevées des grandes conceptions musicales, lorsqu'on est sensible aux accents de la divine harmonie, on ne saurait être vulgaire, ni mauvais. Même regardée comme puérile, la musique offre à l'homme, aussi bien qu'à la femme, un délassement noble et pur, au lieu des délassements trivials dans lesquels le sexe masculin est obligé de se jeter, pour se reposer des luttes et des travaux positifs de la vie.