La pauvre mère ne vit qu'une chose, la séparation; son fils sans elle, elle sans son fils. Elle n'était pas personnelle, car le jeune homme ne lui rendait aucun soin, ne lui causait que des ennuis, mais son amour était égoïste en cela qu'elle songeait davantage au bonheur qu'elle éprouvait à le voir, à s'occuper de lui, qu'au bien qui pourrait résulter pour lui de son éloignement.

Il ne partit pas… Quelques mois après, il se laissait entraîner par ses camarades dans une orgie, et ivre il roulait sous une voiture qui l'écrasait; on rapportait son cadavre à la pauvre mère; je n'ai jamais connu une infortune plus grande!… Pourquoi ne l'avait-elle pas laissé partir?

Nous avons, il est vrai, cette autre infortune illustre, cette mère qui a été pleurer son fils sur sa tombe, au Zululand! mais il n'est pas besoin d'aller s'exposer chez les sauvages pour se former, et un tour d'Europe est déjà suffisant.

Pour un jeune homme destiné au commerce, rien n'est meilleur, quelque haute position qu'il occupe, de le placer pendant une année chez un négociant d'un pays étranger, où il se perfectionne dans la langue et apprend les affaires. Nos commerçants notables ne manquent pas de le faire pour leurs fils.

Il n'y a pas d'argent mieux employé que celui consacré à un voyage; la preuve en est: les séjours à Rome accordés comme récompense aux artistes.

Aussi je me permettrai de signaler aux oncles et aux parents généreux, et je suis persuadée que mon avis recevra un assentiment enthousiaste de la part des jeunes gens, comme un excellent encouragement, un cadeau utile, de payer un voyage pour les vacances à l'étudiant ou au collégien studieux.

Je ne m'oppose pas à ce que les jeunes filles voyagent, seulement il est positif que la vie d'hôtel et des grands chemins ne leur est pas aussi indispensable qu'au sexe masculin, mais les voyages n'en restent pas moins le plaisir le plus utile pour l'un et pour l'autre sexe.

A défaut de voyage lointain, le déplacement est déjà un avantage autant intellectuel que physique, dont on ne doit pas négliger de faire jouir même les enfants.

Sous le rapport de l'utilité, je ne recommande pas l'installation dans une ville d'eaux en vogue, où l'on recommence à peu de chose près l'existence oisive et élégante des villes, avec la facilité en plus de faire des connaissances à la légère, et de prendre de mauvaises habitudes.

La villégiature dans la campagne véritable, le séjour sur une plage agreste où les sorties consistent à aller en robe de toile, sur les falaises, cueillir les plantes marines et dans les galets chercher le coquillage, et non pas à poser, serrée en une toilette de satin et de gaze, au milieu du sable, autour du kiosque de musique, voilà ce qui est profitable à la santé et même à l'esprit, quand on ne peut ou ne préfère, avide de nouveau, parcourir les pays étrangers, étudier les mœurs, visiter les monuments, admirer les musées, se repaître d'objets inconnus à nos yeux et qui présentent à l'intelligence ouverte, à l'imagination vive et impressionnable, un charme dont on ne se fatigue jamais.