Mes fils.

Bernard est tout l'opposé de Gustave, comme caractère, et un peu aussi comme physique.

Celui-ci influe-t-il sur celui-là? On serait porté à le croire. Très brun, pas grand, trapu, une figure étiolée quoique intelligente, mon pauvre Bernard est brusque, timide, peu communicatif; il aime à se vanter du mal qu'il ne serait pas capable de faire.

Il est vraiment des moments où une mère ne reconnaît pas ses enfants, ses propres enfants qu'elle a élevés!

J'aime mes quatre enfants également. Je les ai chéris, choyés, éduqués avec la même tendresse et le même zèle… mais quels résultats différents! Lorsqu'ils étaient petits, je ne constatais pas une grande dissemblance; il a fallu des circonstances, presque des événements, maintenant qu'ils ne sont plus des enfants, pour me la montrer. Berthe et Gustave, les aînés, sont bien tels que je les désirais; Jeanne et Bernard me déroutent.

Hier, nous allions au bal du général.

Ce n'est pas qu'à mon âge on tienne beaucoup au bal; j'avoue que ce n'est pas sans un soupir qu'à huit heures du soir j'ai quitté mon feu… et mon mari, pour aller m'habiller.

Mon mari… mais oui… qui peut satisfaire son goût pour le coin du feu! Je suis triste de l'y laisser seul! Mais une mère a des devoirs!

Je sais le danger qu'il y aurait à tenir Jeanne sevrée des plaisirs mondains qu'elle a goûtés.

Mon mari ne se croit pas obligé de se dévouer!