—Ne l'excite pas, lui dit Gustave tout bas, ou nous allons avoir une scène.
—Mais voici le père qui rentre du café, car il est près de onze heures et demie.
—Comment! pas encore partis? Vous devriez être rentrés! Eh bien, par exemple, c'est insensé de sortir à cette heure!… moi, je vais au lit!
J'avoue que j'aurais bien envie d'en faire autant, et j'ai le cœur légèrement meurtri par ces petites escarmouches. Jeanne voit la lassitude peinte sur ma figure et ses yeux deviennent humides.
Je devine qu'elle craint que je renonce… Non, je suis trop bon soldat pour reculer! Le retard ne fait pas peur à Jeanne, qui sait au contraire qu'on fait plus d'effet en arrivant tard.
Le bal est dans tout son essor quand nous arrivons; j'entre au bras de Gustave, Bernard donne le bras à sa sœur, je m'efface pour laisser voir ma fille, si jolie; elle est immédiatement enlevée par un danseur. Le maître de la maison, me voyant revenir de saluer sa femme, m'offre son bras pour me trouver un siège; de cette façon Gustave peut s'envoler, et je le vois bientôt tournoyer avec une des plus élégantes jeunes femmes de la ville.
Je me retourne… où est Bernard? J'aperçois sa figure rechignée dans le chambranle de la porte. Je l'appelle d'un signe.
—Pourquoi ne danses-tu pas?
—Gustave a précisément pris la seule danseuse que j'aurais voulue.
—Bah!… il y a cent jolies personnes ici… Vois là-bas cette jeune fille en rose!