—C'est ça! un paquet! Personne n'en a voulu, puisqu'elle est sur sa banquette! J'aime mieux aller boire du punch au buffet!

Or, quand Bernard commence à boire du punch au buffet… il ne quitte guère ce coin-là. Que faire? il faudrait lui trouver une femme qui lui plût pour le former un peu, ce pauvre enfant! Précisément je vois Mme Bathilde qui s'avance… Pourquoi pas elle? à l'âge qu'elle a, plein de prestige pour tous les jeunes gens, on aime à faire des éducations! Elle n'a pas de danseur. Mais, si je lui dis de l'inviter, ce sera un motif pour qu'il ne veuille pas!

—Eh bien, monsieur le ténébreux, vous vous en allez quand j'arrive! Mon valseur vient de se fouler le pied! voulez-vous que nous finissions la danse ensemble? Je vous prends votre fils! conclut-elle, en me jetant un regard vainqueur.

Je m'empresse de faire un signe d'assentiment très prononcé.

—Mais je danse mal, madame, dit Bernard se défendant, ma sœur me dit toujours que je suis un valseur détestable.

—Eh bien, je vous apprendrai, venez donc!

Elle brûlait de faire voir qu'elle trouvait des cavaliers! Je la connaissais assez pour savoir qu'elle ne le lâcherait pas si vite, saurait se faire offrir le bras pour aller au buffet, puis pour danser un quadrille, et je la pensais même capable de se faire inviter pour le cotillon. Je n'avais donc pas à m'occuper de mon Bernard de toute la soirée. Quelques bonnes amies s'approchèrent pour voir ce que je dirais des uns et des autres, mais je les laissai parler et je me renfermai dans des réponses monosyllabiques qui durent leur donner une pauvre opinion de mon esprit; je préférais observer… d'abord ma fille, ma jolie Jeanne, si fêtée, si adulée, qui se posait à mes côtés entre les danses comme une libellule, repartant aussitôt, et dont les succès cependant me laissaient triste et le cœur serré… puis mon beau Gustave, empressé, galant avec toutes les femmes, ne méprisant pas les paquets, comme avait dit son frère, les faisant danser au contraire, ce qui les rendait fort enthousiastes de lui… mais ayant cependant une préférence, oh, oui! sans cela, il eût été banal et j'en aurais été affligée! n'oubliant pas de venir m'offrir son bras et de s'informer de mes besoins de temps en temps.

Je me plaisais aussi à examiner les physionomies si singulières qu'ont le plus grand nombre des femmes en toilette de bal.

Il faut être jeune, et surtout jolie, bien faite, distinguée, et habillée avec beaucoup de goût; faute de réunir ces conditions, une femme est tout simplement grotesque en toilette de bal; aussi que de caricatures voit-on! Le rang des mères est tout à fait curieux à lorgner! Que d'épaules anguleuses ou de rotondités trop prononcées! Que de coiffures ressemblant à tout ce que l'on peut imaginer! La mère avec des panaches, des couronnes, accompagnées de robes de couleurs inouïes!

Il est si facile de s'abstenir de toutes prétentions, d'avoir une mise simple et peu voyante; de passer, inaperçue quand on a un certain âge! Mais c'est précisément ce que l'on ne veut pas, en général, et on recherche le contraire. On l'obtient, mais à quel prix?