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Les notes personnelles d'une mère de famille s'arrêtent ici, car notre livre n'est pas un roman, l'histoire d'une seule famille, limitée par de certaines circonstances; il doit convenir à tout le monde, et ne perdre son ton de généralité que partiellement pour des sortes de citations.

CHAPITRE XIX

L'INITIATIVE.

L'initiative est certainement une fille de l'intelligence. Comme celle-ci, elle demande à être développée chez les enfants. Malheureusement on tombe souvent dans les excès; tantôt, sous prétexte de donner à l'enfant de la décision de caractère, on voit des parents encourager la hardiesse, l'impertinence, les sentiments d'une indépendance allant jusqu'à la licence, tantôt on voit au contraire l'initiative complètement supprimée, et l'enfant presque réduit à l'idiotisme.

On croit donner du caractère à un enfant en lui accordant une entière liberté dans tout; on oublie combien il a besoin d'être guidé. On n'arrive nullement au résultat désiré; un enfant ainsi habitué est indiscipliné, volontaire, et malgré cela peut avoir parfaitement un caractère faible et indécis. Le caractère doit être formé, dressé, et non pas laissé à lui-même. Les digues qu'on peut lui imposer ne nuisent en rien à l'initiative ni à la fermeté.

Il y a des parents très brusques, très autoritaires, qui paralysent les caractères. Ils arrêtent l'élan, l'enthousiasme, les efforts. Ceci est très malheureux pour l'enfant; cependant, lorsque l'apathie n'est pas naturelle, une fois la pression éloignée, on voit bientôt l'intelligence instinctive se réveiller.

Il est donc très essentiel de ne pas confondre l'initiative avec la hardiesse et l'indépendance; je connais une mère qui tient sa fille dans une complète ignorance des choses de la vie, sous le prétexte de ne pas lui donner le goût de l'indépendance; elle lui a fait une règle de conduite, de tenue, dont elle ne doit pas se départir. Or, quelle est la règle qui puisse être suivie sans exception? Il n'y a rien d'absolu dans le monde. Par exemple: «Sous aucun prétexte tu ne feras ceci ou cela!» Mais il peut se présenter une circonstance impérieuse qui oblige à enfreindre cette règle. Il est vrai que la jeune fille a l'esprit très étroit et elle prend à la lettre ce qui lui est dit. Elle n'a aucune timidité vraie, mais elle est timorée à l'excès.

Tout en enseignant à une jeune fille à ne pas faire certaines choses, par exemple, stationner sur la porte, courir dans la rue, sortir sans que son manteau soit boutonné, parler à un monsieur dans la rue et mille autres choses, il faut cependant lui faire comprendre qu'il y a mille circonstances dans la vie où il est, au contraire, nécessaire de faire ces choses. D'abord, cela dépend de la position que l'on occupe; ainsi, vous êtes riche, mademoiselle, vous avez des domestiques, vous vous faites servir, cependant au besoin vous vous servez très bien vous-même; mais venez-vous à perdre votre fortune, aussitôt sachez abandonner vos grands airs, et mettez-vous au niveau de votre position; laissez de côté vos délicatesses et vos susceptibilités intempestives. Dans certains moments, dans certaines occasions, telles choses sont à propos qui ne le sont pas dans d'autres. Il faut savoir distinguer; mais ici nous retombons dans le discernement, dans le jugement, qui est sans contredit la qualité la plus utile à posséder, la mère de toutes, pourrait-on dire.

L'initiative ne doit pas être inspirée par l'orgueil, mais par une certaine confiance en soi-même, qui n'enlève cependant la modestie en quoi que ce soit. Ce n'est pas la confiance en ses talents que l'on a, mais la foi en sa persévérance et dans les études que l'on a faites.