—Justement!
—Eh bien! c'était lui qui pouvait vous être le plus utile ici.
—Mais ne savez-vous donc pas que c'est un original! il se met dans la tête des lubies dont on ne peut jamais le faire départir. Savez-vous ce qu'il m'a dit lorsque je l'ai prié de m'adresser à quelqu'un?—Vous demanderez le vieux Durand. L'on m'aurait prise pour une folle comme M. Audras.
—Le vieux Durand! mais c'est ce qu'il vous faut, il peut tout ici. C'est la plus belle connaissance qu'il ait pu vous donner. Un millionnaire, un homme excellent d'ailleurs, et qui jouit de la plus grande considération. Il est l'ami intime de M. Audras.
—Il me suffira de demander le vieux Durand et il ne se fâchera pas?
—Mais non.
—Il paraît que ce nom est aussi puissant à Hambourg, que celui d'Ilbondokani, du Calife de Bagdad.
Le lendemain je fus chez le vieux Durand, qui me reçut parfaitement; il me rendit tous les services dont j'eus besoin, et m'aplanit toutes les difficultés qui se présentèrent sur mon chemin.
Son abord n'était pas imposant: il avait l'air d'un ancien drapier de la rue Saint-Denis, retiré du commerce. Il allait toujours à pied, un parapluie sous le bras, mais il avait une voiture pour ses amis et pour les dames qui lui faisaient l'honneur de venir dîner chez lui (comme il me le dit fort obligeamment). Il recevait tout ce qu'il y avait de personnes marquantes à Hambourg. Je dînai chez lui avec M. de Bourienne, qui paraissait avoir de l'humeur contre le gouvernement français, quoiqu'il fût au service de la France.
—Les artistes quittent la France pour l'étranger, me dit-il, cela ne prouve pas qu'ils y soient heureux.