— Oui, j’avoue que j’ai vécu bien mal moi aussi, j’en ai assez de remords, va, crois-le et je ferai tout pour réparer cela. Je ne désire qu’une chose, vivre le plus saintement qu’il sera possible à ma pauvre nature.
— Eh bien ! mon vieux, mes compliments. Tu prieras Jéhovah pour moi.
— Tu n’es pas spirituel, Bernard, on ne rit pas de telles choses. Tu sais où je veux en venir.
Rabevel eut une idée soudaine.
— Toi, tu as vu le Père Régard et il t’a converti !
— Oui, Bernard, tu ne peux pas savoir combien je suis heureux.
— Si, je connais ça. Seulement ça ne dure point. Quand on est sincère on plaque tout là, fortune, amis, situation ; on prend le froc et on consacre sa vie à la pénitence et à la conversion des autres.
— J’y pense, dit simplement Abraham.
— Eh bien ! répondit Bernard en riant, quand tu seras décidé, tu me donneras ta fortune et je te donnerai mon âme en échange.
Il réfléchit une seconde ; tout d’un coup, il venait de trouver : « En attendant, je te dis sérieusement une chose sérieuse : Ne t’avise pas de conduire ici le Père Régard ni de faire toi-même de la morale à Angèle, car cela tournerait mal. Que ce soit bien compris, n’est-ce pas ? »