— Eh bien ! essaye le contraire ; prépare ton agrégation au titre étranger et tu rentreras à trente-cinq ans pour enseigner le droit à la Faculté de Caracas.

— Figure-toi que j’y ai pensé ! Mais le paternel ne se laisse pas éblouir. Je te dis qu’il n’y a rien à faire.

— A moins évidemment que tu ne trouves une situation en France.

— Allons, vas-y. Tu es venu pour ça, toi. Tu as quelque combine étonnante, à faire bondir Maninc, pas ? Et où mes qualités personnelles peuvent t’aider ?

— On ne sait rien te cacher, répondit Bernard. Écoute-moi. Je m’occupe d’engrais. Notre fournisseur de guanos, une maison colombienne, a résilié avec son transporteur ; elle cherche un armateur et des bateaux. C’est une affaire superbe ; un contrat de dix ans ; un bénéfice assuré d’un million par an. Mais je ne puis faire cela moi-même, ma société encaisserait tout. Je sais où sont les bateaux ; je sais où trouver les fonds ; il me faut une société pour la façade simplement. J’ai pensé à toi.

— Comme c’est gentil et pas compliqué, dit Ramon d’un ton railleur. Mais pourquoi as-tu pensé à un Vénézuélien ?

— Oh ! Vénézuélien, Chilien, Argentin, cela n’a pas d’importance. L’essentiel c’est que ce ne soit pas un Européen ; voici pourquoi : le vendeur des bateaux est armateur et ne consentira pas à favoriser un concurrent c’est-à-dire un Européen qui relâcherait dans nos ports.

— Tiens, c’est vraisemblable, cela ! mais cependant ce transport de guanos…

— Oui. Aussi la société prendrait-elle l’engagement de ne faire que la ligne Caracas-Bordeaux, sans autres escales ni transport qui pussent concurrencer le vendeur.

— Mais pourquoi le vendeur se débarrasse-t-il de ses bateaux ?