— Ah ! ajouta-t-il, quel dommage que je n’aie pas un animateur comme vous pour me débrouiller le service des titres et de la comptabilité.
— Mais, dit Bernard, je croyais que Mr. Blinkine et Mr. Mulot…
— Oh ! Mr. Blinkine et Mr. Mulot qui ont le titre de conseils de la société s’occupent l’un de la partie technique : travaux, réparations, chantiers, ateliers ; l’autre de la trésorerie : courtages, mouvements de fonds, changes. Et encore voient-ils cela de très haut.
— Ma foi, dit Bernard, si je puis vous être utile, disposez de moi.
— Mais comment ? vous connaîtriez les questions de titres et de comptabilité ?
— C’est ma partie.
— Vous êtes extraordinaire ! Voulez-vous entrer dans mon bureau…
Bernard fut vite mis au fait de la situation par le jeune Mazelier. Celui-ci était l’unique neveu et l’héritier présomptif du vieux Bordes qui l’avait installé à ce poste pour le mettre au courant de tout ; il était plein de bonne volonté, d’ailleurs intelligent et nanti de connaissances étendues ; mais la complication des affaires de la société réclamait mieux que cela ; Mazelier s’en rendait compte et l’avouait avec une modestie charmante.
— Tout tire à hue et à dia, dit-il. Si j’entre dans le détail de chaque service, je vois que les choses y sont faites régulièrement, qu’il n’y a rien à reprendre du point de vue des principes généralement appliqués dans les exploitations du même genre. Le plan de notre comptabilité a été dressé par un expert ; celui de nos services de trafic, de titres, de… tous, quoi ! ont été établis par des idoines. Et l’ensemble ne va pas ; il y a tiraillement, désaccord constants. Avec cela des frais généraux énormes qu’il est impossible de réduire. Tenez, par exemple, (ajouta-t-il avec un sourire) vos patrons Mulot et Blinkine nous coûtent cent cinquante mille francs par an et ne nous les rapportent pas.
— Il faut les flanquer à la porte, répondit Bernard en riant.