Ramon le toucha au coude :
— Je crois que ton visage de Werther révolté fait son petit effet, dit-il, tourne-toi vers l’avant-scène en face, il en vient des regards qui s’attardent sur toi assez complaisamment.
— Ils sont pour toi, rétorqua Bernard sans même jeter les yeux du côté qu’on lui indiquait.
— Mais non, je suis dans l’ombre, invisible. Oh ! oh ! on prend des lorgnettes. Te voilà sur le chemin de la gloire parisienne.
Bernard se mordit les lèvres pour ne pas rire. C’était un Vénézuélien qui lui disait cela ; elle était jolie la gloire parisienne, la réputation dans un cercle de demi-mondaines, de cabots et de rastas ! Mais Ramon poursuivait :
— Ça ne t’émeut pas ! La Farnésina te regarde et tu t’en moques !
— « La Farnésina ! »… Il se retourna ; il vit une belle femme aux traits de Junon, un peu durs, au menton ferme, à la chair mate et dont les yeux très noirs aussitôt détournés suivaient maintenant le jeu des acteurs.
— Elle est assez romaine, l’enfant, dit-il ; mais elle n’est plus jeune.
— Elle doit friser la quarantaine ; que veux-tu ? c’est l’âge des femmes à la mode ; mais pas une ride ; et un corps ! C’est une femme extraordinaire.
— Elle n’a pas l’air commode. (Il commençait à sentir déjà en lui le désir de la briser, de la voir pantelante à ses pieds).