— Voulez-vous annoncer alors une distribution de vin vieux pour ce soir ?
— Vous avez entendu, Fantons. Voilà un monsieur de la ville qui aime le monde des emblavures. Allons déjeuner, Monsieur Rabevel.
Le repas fut long. Bernard appréciait en gourmet ces mets étonnants, pâtés de foie, chapons truffés, truites, qui sont le luxe à Paris et que le moindre pagès du Rouergue peut offrir sans dépense à ses convives. Comme il s’essayait à découper un pâté, Angèle s’écria, devant ses tentatives vaines et maladroites, et d’un ton badin :
— Il y a un sort sur lui. Il déprofite les bonnes choses qui lui tombent sous la main.
— Si encore, répondit-il du tac au tac, j’étais assuré d’en conserver le meilleur, je crois que je serais assez égoïste pour me résigner à cet égoïsme et à la réputation que vous me faites.
Elle rosit légèrement mais nul ne s’en aperçut.
— Bien répondu, ça, fit le père Mauléon. Mais comment trouvez-vous ce petit vin ? Il vient du coteau que nous surplombons ; c’est sec, dur au palais, ça n’a pas son pareil pour contenter un gosier d’homme et pour lui assassiner les pattes. Ah ! le pays ne serait pas mauvais si on voulait. Il ne faudrait que de l’eau pour le faire boire à sa soif.
Ils se levèrent. Rose et Angèle desservirent avec diligence. « Voulez-vous aller faire un tour ? proposa Mauléon.
— Mais volontiers.
— Vas-y aussi, dit la tante à Angèle, tu prendras un bol d’air. Ne te fatigue pas surtout. » Ils sortirent. Pays d’églogue, un peu âpre, pensait le jeune homme, pays rude mais sain.