— Car ?…

— Car je succomberais. Je m’avoue gourmet ; vous dites sensuel : j’en bats ma coulpe. Croyez cependant qu’il se mêle au plaisir du palais une jouissance intellectuelle… si ! si ! intellectuelle…

« L’excitation physique des riches venaisons et des vins généreux a une résultante dans le monde moral. L’ivresse en est la preuve excessive. Indépendamment de cela, convenez que le Français ne serait point gai, spirituel et brave au même degré, s’il ne vivait des produits de la terre de France.

« Acceptez, Madame, deux doigts de ce vieil armagnac et faites hardiment claquer votre langue. C’est ainsi que l’apprécient les tonneliers de la Gascogne ! c’est ainsi que le dégustaient Cyrano de Bergerac, Murat et Bernadotte, capdedious !

— Quel beau destin que le leur, dit Madame de Villarais. Ils ont réussi une vie d’action et de rêve à la fois. Ils ont passé dans la gloire, l’amour et la bataille. La bataille d’autrefois. Rien de sombre dans ces existences : le soleil.

— Ce beau destin vous fait-il envie ? demanda Noë.

— Oh ! non, Monsieur ; mon imagination le mesure et ses lignes me paraissent sublimes, tout simplement. En somme, les héros ne sont pas heureux et je crois plus raisonnable de chercher le bonheur que la gloire car je me sens médiocre et le bonheur plus que la gloire accueille les gens de ma condition morale.

— Il y a autre chose que la gloire et l’honneur, s’écria Rabevel. Il y a le faisceau de terribles sentiments agissants qui sont la haine, l’amour, la crainte, le goût de dominer et de détruire, l’ambition… Nous ne vivons que par eux. Nous recherchons ce qui peut le mieux nous le procurer. C’est par exemple, pour moi, les affaires ou ce qui revient au même, la politique…

Marc eut un haut le corps.

— Ce qui revient au même ? demanda-t-il. La guerre ne vous a donc rien enseigné ?