— Je vous en prie, lui dis-je en m’excusant, n’attribuez pas à l’indiscrétion ce qui est le fait d’un hasard. Votre violon m’a tiré du sommeil et je n’ai pas osé vous interrompre. L’aurais-je voulu que ce n’était plus en mon pouvoir…

Il faut avoir vu le sourire de cet homme pour en pressentir la bonté et qu’il vit dans un autre monde que nous-mêmes.

— Il fallait pourtant m’arrêter, me dit-il doucement.

Il me regarda.

— … car enfin, ajouta-t-il, c’est un monologue à voix haute que vous avez surpris.

— Il était si beau que je ne pouvais l’interrompre. Et il disait tant de choses que je ne sais exprimer mais que mon cœur reconnaît…

— Si votre cœur, reprit-il, a reconnu des paroles…

Je ne le laissai pas achever :

— … des paroles fraternelles… lui dis-je.

Il me tenait la main. Nous montâmes ensemble sur le pont. Une heure après nous étions amis.