Rome se levait devant les aventuriers avec ses richesses infinies: il y avait alors une opinion répandue, c'est que Rome avait hérité des trésors du vieux monde, opinion qu'on voit se répandre dès le Ve siècle chez les Goths, les Vandales et après la chute de Constantinople, ces richesses avaient dû s'accroître. On disait que des tonnes d'or étaient enfouies dans les caveaux des basiliques; tout était riche à Rome: reliquaires, vases sacrés, chandeliers, ornements des autels, chappes et tiares; les mécréants se faisaient joie de ces profanations, et ils saluèrent Rome de leur chant de guerre, de leurs clameurs de victoire[203].
Presqu'aussitôt, l'assaut fut donné par les deux côtés des vastes murailles, qui s'étendaient sur un espace de près de cinq lieues, assaut terrible, bravement soutenu et fortement accompli. Un coup d'arquebuse frappa le connétable en pleine poitrine, et il tomba, blessé à mort. S'il faut en croire l'artiste un peu hableur, Benvenuto Cellini,[204] ce fut lui qui lança ce grand coup: il ne faut pas en vouloir aux artistes fantasques de ces petits mensonges, de ces vanteries fréquentes; leur imagination travaille ardemment; elle charpente avec naïveté un roman dont ils se croient les héros et qui devient pour eux de bonne foi, la vérité absolue. La mort glorieuse du connétable de Bourbon fit une impression profonde de tristesse et de colère parmi les bandes d'aventuriers; en langue espagnole ou allemande ils poussaient ces cris sauvages: «Il faut venger Bourbon par la chair et le sang»[205].
Un chant de geste et de guerre demeura longtemps parmi les aventuriers, en souvenir de la mort du connétable, leur chef bien-aimé.
Quand le bon prince d'Orange
Vist Bourbon qui était mort,
Criant: Saint Nicolas!
Il est mort, saincte Barbe!
Jamais plus ne dist mot,
A Dieu rendit son ame.
Sonnez, sonnez, trompette.