—Montmorency, qu'on le lui donne donc, dit le Roi impatienté.
Le héraut Bourgogne répéta à deux fois au grand-maître Montmorency:
—Monseigneur, vous voyez bien qu'on n'a pas voulu m'entendre, et cependant je dois vous dire que le cartel contenait la sûreté du camp.
Alors le héraut fit encore sonner trois fois de la trompette, provoqua le roi de France au nom de son maître en combat singulier et reprit la route d'Espagne à travers l'Orléanais, la Guyenne et la Gascogne[223].
XIX
LA PAIX DE CAMBRAI OU DES DAMES[224].
1528.
Quand on lit le procès-verbal minutieux du héraut-d'armes Bourgogne, tout en faisant même une grande part à sa passion personnelle pour l'empereur Charles-Quint, son maître, on serait tenté de croire à un manque de cœur et de courage du côté de François Ier. Il semble en résulter, en effet, que Charles-Quint cherchait très-sérieusement un duel corps à corps, même à outrance, à la lance, à l'épée, au poignard, et que François Ier l'éluda par des prétextes et des délais qui tinrent évidemment à des causes particulières qu'on expliquerait difficilement au point de vue de la chevalerie.
On ne peut croire néanmoins que François Ier, si brave, si déterminé, le vainqueur de Marignan, le héros de Pavie, qui, seul, combattait à pied, l'épée brisée, une multitude d'ennemis, eût cherché un prétexte pour éviter le champ-clos, si exalté par les chansons de gestes du moyen-âge; les romans de chevalerie fournissaient des exemples d'empereurs et de rois rompant une lance au carrefour d'une forêt avec une intrépidité incomparable contre un chevalier inconnu, et Charlemagne lui-même, le grand empereur, n'avait pas dédaigné de se mesurer avec Sacripan et Ferragus, comme on le lisait dans le poëme de l'Orlando furioso[225].
Il eût été difficile de croire à un piége de la part de Charles-Quint: on devait se battre en terre neutre sur l'extrême frontière, et il était si aisé de prendre ses précautions! Il faut donc penser que ce refus ou ces délais tenaient à une cause générale et politique: la question d'honneur et de courage restait en dehors. Le conseil de François Ier avait jugé que tout ce qui s'était fait à Madrid était nul et que Charles-Quint lui-même avait brisé le traité par des entreprises nouvelles qui en modifiaient singulièrement l'esprit et la tendance. Selon le conseil du roi de France la conséquence immédiate du traité de Madrid, devait être la paix absolue; François Ier avait tant cédé pour apaiser l'ambition de Charles-Quint! Comment arrivait-il donc que la guerre continuât en Italie et que l'Empereur combattît encore les Florentins, les Milanais et notre saint-père le Pape lui-même? Toutes les conditions étaient donc changées; la domination suprême de l'Italie était convoitée par Charles-Quint en violation manifeste du traité. Il est vrai que cette Italie méritait peu d'intérêt de la part de la France: les Milanais secouaient tout gouvernement régulier dans la guerre civile, sous les Sforza et les Visconti. Les Florentins, capricieusement, exilaient ou rappelaient les Médicis; les Romains s'agenouillaient devant les papes ou les chassaient: Bologne, Ferrare, étaient en pleine révolution, et les Vénitiens, naguère si puissants, s'affaiblissaient dans l'excès de leur propre ambition conquérante[226] dans l'Orient.
Au milieu de ces agitations intestines, se révélait le caractère ambitieux de la maison de Savoie. Au passage de François Ier, avant la triste bataille de Pavie, le duc Charles III, lié à la France, avait reçu du roi des subsides et des promesses d'agrandissement depuis le Piémont jusqu'à la frontière de Gênes; après les malheurs de la France, le duc brisait presque avec éclat cette alliance, sans s'arrêter même à la question de famille: car la régente, mère du roi de France, était la tante du duc Charles III[227]. L'empereur eut désormais la clef des Alpes et le concours des forces des ducs de Savoie.