Diane de Poitiers, sous l'influence des Guise, contribua puissamment à cette tendance ferme et unitaire de la monarchie sous Henri II; partout l'ordre fut rétabli et la révolte réprimée d'une manière inflexible, nécessité d'un gouvernement qui voulait éviter la guerre civile[325]: les temps modernes en montrent plus d'un exemple. Certes, le connétable Anne de Montmorency était un esprit de modération avec une certaine tendance vers la réforme, et cependant Brantôme dit de lui[326]: «Tous les matins, il ne faillait de dire et entretenir ses patenôtres, soit qu'il ne bougeât du logis ou qu'il montât à cheval, et on disait qu'il fallait se garder des patenôtres de M. le connétable, car en les disant et marmottant, lorsque les occasions se présentaient, il s'écriait: «Allez-moi pendre un tel, attachez celui-là à un arbre, faites passer celui-là par les piques, tout à cette heure; taillez-moi en pièce, mettez-moi le feu partout, et tels ou semblables mots de police ou de guerre[327].» Ainsi étaient les mœurs dans ce siècle de violence et de guerre civile, et cependant Anne de Montmorency était un esprit de tempérance et de modération!

XXVIII
LE COMBAT SINGULIER DE LA CHATAIGNERAIE ET JARNAC.
1547.

La toute-puissance de Diane de Poitiers, le retour vers les vieilles mœurs, furent marqués par une lice ardente et chevaleresque entre deux nobles champions à qui le champ fut assigné selon l'antique formule des combats singuliers: ils s'appelaient La Chataigneraie et Jarnac. Diane de Poitiers passionnée pour les usages des paladins eut toujours applaudi des deux mains à ces rencontres à l'épée; mais à ce duel retentissant, qui a laissé une longue traînée de souvenirs, se mêlaient des idées et des passions particulières, la rivalité de Diane de Poitiers, désormais duchesse de Valentinois, avec la duchesse d'Étampes.

François de Vivonne, seigneur de La Chataigneraie, était fils d'André de Vivonne, grand sénéchal de Poitou[328], et de tout temps lié à la famille de Saint-Vallier. François Ier avait été son parrain, et il l'attacha à sa personne comme page et enfant d'honneur. A dix-huit ans, La Chataigneraie, que le Roi aimait tendrement, qu'il appelait son filleul, excellait dans tous les exercices du corps, à la lutte, à l'escrime, à la chasse, avec une telle vigueur, qu'il saisissait un taureau par les cornes et le renversait sans effort; on l'avait vu lutter avec deux athlètes à la fois et leur faire toucher la terre du front. Dans les tournois, en pleine course, sur son cheval, il jetait deux ou trois fois sa lance, la reprenait de ses mains gantées avant de la mettre en arrêt contre son adversaire. Aussi, un peu orgueilleux de sa vaillance et de son adresse, La Chataigneraie aimait à dire: «Nous sommes quatre gentilshommes de la Guyenne, Fezensac, Sensac, Essé et moi qui courons à tous venants.» François Ier avait composé ces deux vers pour lui:

Chataigneraye, Vieilleville et Bourdillon

Sont les trois hardis compagnons.

Partout la Chataigneraie s'était distingué aux batailles; plusieurs fois aussi le Dauphin, depuis Henri II, lui confia son gonfanon aux siéges de Landrecis et de Thérouanne; Diane de Poitiers exaltait La Chataigneraie comme le plus brave paladin[329].

Non moins illustre était le comte de Jarnac, de l'illustre famille des Chabot, beau-frère de la duchesse d'Étampes, un peu coureur d'amour, comme le dit Brantôme: «Jarnac, petit dameret, qui faisait plus grande profession de curieusement se vestir que des armes de guerre[330],» avait fait certaines confidences un peu équivoques sur ses amours avec certaine dame; il s'en était fait grand bruit, Jarnac les démentit; on voulut remonter à la source jusqu'au Dauphin, profondément hostile à la duchesse d'Étampes. La Chataigneraie intervint loyalement pour son seigneur et déclara que Jarnac lui en avait fait confidence à lui-même, et sans hésiter, offrit le combat pour le soutenir. Toutefois, il ne fut pas approuvé de tous. «S'il m'avait voulu croire, dit Montluc, et cinq ou six de mes amis, il eût desmêlé sa furie contre le sire de Jarnac d'autre sorte[331]

Ce défi était jeté à la fin du règne de François Ier, à une époque de faiblesse et de maladie; le roi n'avait pas accordé le champ, c'est-à-dire qu'il avait refusé la permission de la lice et du combat; mais à l'avènement de Henri II, au moment de la disgrâce de la duchesse d'Étampes, Jarnac alla demander le champ-clos contre La Chataigneraie, et le nouveau roi, tout chevaleresque, l'accorda d'après les principes des romans de chevalerie. La lice fut indiquée dans le parc du château de Saint-Germain: comme dans les combats judiciaires du moyen-âge, les armes avaient été bénies à Saint-Denis; le Roi, toute sa cour, les dames, Diane de Poitiers elle-même, durent assister à cette grande lice. Le champ-clos fut orné comme pour un tournoi, et jouste à fer très-moulu.