«—Plus que je ne saurais vous l'exprimer.
«—L'aimez-vous?
«—Je l'ai tendrement aimée… répondis-je; mais la Baltique nous sépare… Une absence assez longue…
«—J'entends, et l'absence est l'ennemie de l'amour, allez-vous dire.
Ah! Monvel, Monvel, vous ne savez pas aimer!
«—C'est vrai, Sire; mais en toutes choses n'est-il pas écrit que le roi de Suède sera mon maître?
«—Voilà qui était écrit aussi; prenez-y garde, vous devenez courtisan! reprit-il avec un sourire. C'est mal, c'est très mal; laissez cela à mes conseillers de chancellerie!
«En ce moment, ma main rencontra sur la table du pavillon un livre relié aux armes du roi: c'était un tome de Corneille dépareillé.
«—Sa Majesté veut-elle que je lui lise un morceau? demandai-je en feuilletant le livre; c'est la Clémence d'Auguste.
«—Bravo! Monvel, bravo! vous voilà pris, cela ressemblera à une punition!
«—Je lui lus la première scène d'Auguste, et je m'en tirai, ma foi! assez bien. Le roi ne parlait plus de mariage; mais, en revanche; il me fit passer du rôle de lecteur à celui de confident. Ce fut là, Désaides, qu'il me raconta une histoire bien touchante… celle d'une pauvre fille qu'il avait connue en Italie, et dont le portrait figure dans l'un de ses boudoirs à Stockholm… Un jour peut-être… à toi… à toi seul… mon meilleur ami… j'oserai redire cette royale confidence… à la condition, pourtant, que tu n'en feras ni une romance ni une pièce; sans cela, je te dénonce à Sa Majesté Suédoise!