Le feu duc de Polignac a raconté souvent devant nous la prédilection de Louis XVIII pour cet acteur; il lui envoyait du vin de sa table, et notamment dans les Héritiers de Duval, le duc d'Escars était chargé de ce que l'auteur de la Charte nommait plaisamment la provision de Baptiste.

Un soir que Baptiste cadet jouait Alain dans les Héritiers, (Louis XVIII et le duc d'Escars assistaient à cette représentation), le roi crut remarquer que Baptiste était distrait.

—Qu'a donc Baptiste? demanda-t-il à son maître-d'hôtel qui trouvait, lui, que l'acteur jouait fort bien.

—Votre Majesté est sévère ce soir, répondit le duc; je trouve Baptiste aussi bon que de coutume.

—Il a quelque chose…

—Il n'a rien.

—D'Escars, je vous dis qu'il n'est pas dans son assiette.

—Écoutez donc, reprit d'Escars, il a peut-être trop fêté ce vin de Chambertin que nous lui avons envoyé… Je dis nous, quoique ce soit le vin du roi et que Votre Majesté seule…

—C'est vrai, j'ai voulu qu'il eût ses vingt bouteilles bien cachetées.

—Et vingt bouteilles dérangent le jeu de tout compère, si fort qu'il paraisse!… Je ne dis pas qu'il en ait bu vingt, continua le duc d'Escars, pas un de vos Suisses ne les tiendrait… Mais peut-être a-t-il invité ses camarades… Et le Chambertin, ce vin perfide… dame! Baptiste cadet n'est pas un trappiste, un Rancé!