[Note 1: ][ (retour) ] Ce sont les véritables expressions de cette lettre.

[Note 2: ][ (retour) ] C'étoient des valets de chambres et souvent moins.

[Note 3: ][ (retour) ]: C'étoit le roi.

Dans une autre il y avoit:

«J'ai donné le mot à l'ami (Sekendorff), pour qu'il informe le Gros des correspondances de son fils en Angleterre. Écrivez-moi une lettre sur ce sujet que je puisse montrer, et tâchez de la tourner de façon que les soupçons qu'on en prendra, nous fassent plutôt parvenir à nos fins. Ne craignez rien, je saurai vous soutenir et empêcherai bien qu'on découvre nos menées, car le coeur du Gros est dans mes mains, j'en fais ce que je veux.»

Voici ce que contenoient celles datées du mois de Mars:

«Que je suis surpris, mon cher Reichenbach, des démarches de l'Angleterre et surtout de celles du prince de Galles. Que prétendent-ils avec cette ambassade de Mr. Hotham? et quel empressement pour épouser une princesse plus laide que le diable, couperosée, dégoûtante et stupide. Je m'étonne que ce prince, qui peut avoir le choix de tout ce qu'il y a de parfait, s'adresse à une pareille magotte. Son sort me fait pitié, on devroit bien l'en avertir, je vous en laisse le soin.»

Les autres lettres étoient écrites dans le même style. Le caractère de l'auteur se manifeste assez par celles que je viens de mettre ici, il se fera connoître de plus en plus dans la suite de cet ouvrage.

Mr. Hotham partit comme il se l'étoit proposé. Pendant l'absence du roi la reine tint quatre fois par semaine appartement à Mon-bijou. Je fus charmée d'y voir Mr. de Katt, je me doutai bien que tant qu'il seroit à Berlin, mon frère n'entreprendroit rien. Il vint me dire un jour, qu'il alloit expédier une estafette au prince royal, et me demanda si je ne voulois pas lui écrire, cette voie étant sûre. Je fus fort surprise de cette proposition. Vous faites fort mal Mr., lui dis-je, de risquer pareilles choses, songez aux suites fâcheuses que cette estafette peut entraîner, si le roi en apprend quelque chose, soupçonneux comme il est, cela peut causer beaucoup de chagrin à mon frère, et ruiner pour jamais votre fortune. Quelque amitié que j'aie pour mon frère, je ne lui écrirai sûrement pas par cette occasion. Il voulut encore me presser, mais je lui tournai le dos fort altérée de ce qu'il venoit de me dire; prévoyant bien, que cette démarche ne se faisoit que par les raisons que je craignois depuis long-temps. Peu de jours après la Bulow et quelques bien intentionnés vinrent m'avertir, que Katt débitoit les projets de mon frère par toute la ville, et qu'il en avoit même parlé devant des personnes suspectes. Enorgueilli de sa faveur il s'en vantoit hautement, et faisoit parade d'une boëte qui renfermoit le portrait du prince royal et le mien. Le mal étoit parvenu à son comble par cette étourderie. Je jugeai donc à propos d'en informer la reine, afin qu'elle pût par son autorité tirer cette boëte de ses mains et lui imposer silence. Elle fut fort en colère du détail de ces impertinences et donna ordre à Mdme. de Sonsfeld de faire un compliment très-désobligeant de sa part à Katt, et de lui redemander mon portrait. Celle-ci s'acquitta le même soir de sa commission, Katt s'excusa le mieux qu'il put, mais quelques remontrances que pût lui faire ma gouvernante, il ne voulut jamais lui donner mon portrait, lui disant, que mon frère lui avoit permis de le copier d'après un original en miniature, dont elle-même lui avoit fait présent, et qu'il lui avoit confié jusqu'à son retour. Il l'assura de sa discrétion à l'avenir; et la pria de dire à la reine, qu'il l'a supplioit de se tranquilliser, que tant qu'il seroit en grâce auprès du prince royal, il tâcheroit de détourner toutes les résolutions funestes qu'il pourroit prendre, qu'il entroit quelquefois dans son génie pour pouvoir le ramener plus facilement, et que jusqu'à présent il n'y avoit rien à craindre. La reine aimoit à se flatter; cette réponse dissipa toutes ses inquiétudes pour mon frère. Mais le refus, du portrait nous irrita si fort l'une et l'autre contre Katt, que nous ne lui parlâmes plus.

Je fus fort surprise un matin, en m'éveillant de voir entrer la Ramen; cette apparition me sembla la suite d'un mauvais songe. Elle me dit, qu'elle venoit uniquement à dessein de m'ouvrir son coeur. Mdme. de Sonsfeld voulut se retirer, mais elle la pria de rester, lui disant, que cette affaire l'intéressoit aussi. Vous êtes triste, continua-t-elle, de ce que la reine vous maltraite, rendez en plutôt grâces à Dieu: si vous étiez sa favorite, le roi vous chasseroit bientôt. Pour moi je n'ai rien à craindre de ce côté-la, j'ai su prendre mes précautions d'avance, quand même ma faveur tomberoit, ce prince ne m'abandonneroit pas et sauroit bien me soutenir. Je sais fort bien que vous n'ignorez aucune de mes intrigues, je veux bien vous les avouer. Il dépend de vous d'en avertir la reine. Si vous voulez encourir le ressentiment du roi, par les ordres duquel j'agis, il sera informé sur l'heure des obstacles que vous mettrez par-là à ses desseins et se portera contre vous aux dernières extrémités. D'ailleurs vous connoissez le petit génie de la reine, je saurai m'apercevoir dans un moment des rapports que vous lui aurez faits de moi, je trouverai moyen de lui persuader, que tout ce que vous aurez dit ne sont que des calomnies, et ferai retomber sur vous le tort que vous me prétendrez faire. Elle nous avoit parlé à toutes les deux jusqu'alors, mais s'adressant à moi, elle ajouta: vous allez tomber, Madame, dans un grand malheur, prenez votre parti d'avance, vous ne pourrez vous tirer de ces fâcheuses circonstances qu'en épousant le duc de Weissenfeld. Est-ce donc une si grande affaire que de se marier? Ce n'est qu'ici qu'on en fait tant de bruit; croyez-moi, un mari qu'on peut gouverner est une belle chose; au reste ne vous inquiétez point de ce que dira la reine, je la connois à fond, et je vous assure, que si le roi la caresse et la distingue un peu devant le monde, elle se consolera bientôt, et ne se souciera plus de rien. J'étois outrée contre cette femme; si j'avois suivi mon premier mouvement, je l'aurois fait sortir par les fenêtres pour lui épargner le chemin. Mais il fallut dissimuler mon indignation. Je lui répondis que je me soumettois entièrement aux décrets de la providence, et du reste, que je ne ferois jamais la moindre chose sans consulter la reine et sans son aveu. Je me défis ainsi de cette maudite visite, remplie d'horreur du procédé de cette infâme créature. Nous déplorâmes long-temps le sort de la reine d'être tombée en de pareilles mains.