# Article de ZDNN
Dans "Web embraces language translation" (Le web adopte la traduction des langues), un article de ZDNN (ZDNetwork News) paru le 21 juillet 1998, Martha Stone explique: "Parmi les nouveaux produits d'un secteur de traduction représentant 10 milliards de dollars US, on trouve les traducteurs instantanés de sites web, groupes de discussion, courriels et intranets d'entreprise. Les principales sociétés de traduction se mobilisent pour saisir les opportunités du marché. Voici quelques exemples. SYSTRAN s'est associé avec AltaVista pour produire babelfish.altavista.digital.com, avec 500 à 600 mille visiteurs quotidiens et environ un million de traductions par jour, traductions qui vont des recettes de cuisine à des pages web complètes. 15.000 sites environ ont un lien vers babelfish, qui peut traduire [de l'anglais] vers le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol et le portugais, et vice versa. Le japonais est prévu pour bientôt.
'Cette popularité est simple. Avec l'internet, on peut maintenant utiliser l'information provenant des États-Unis. Tout ceci contribue à une demande en hausse', déclare de chez lui à Paris Dimitros Sabatakakis, directeur général de SYSTRAN. Alis a mis au point le système de traduction du Los Angeles Times qui doit bientôt être lancé sur le site et qui proposera des traductions [de l'anglais] vers l'espagnol et le français, et plus tard le japonais. D'un clic de souris, une page web complète peut être traduite dans la langue désirée. Globalink propose des logiciels, des systèmes de traduction de pages web, un service de messagerie électronique gratuit et des logiciels permettant de traduire le texte de groupes de discussion.
Cependant, alors que ces systèmes de traduction automatique deviennent populaires dans le monde entier, les directeurs des sociétés qui les développent admettent qu'ils ne peuvent répondre à toutes les situations. Les porte-parole de Globalink, Alis et SYSTRAN utilisent des expressions comme 'pas parfait' et 'approximatif' quand ils décrivent la qualité des traductions, et précisent bien que les phrases soumises à la traduction doivent être simples, grammaticalement correctes et sans tournures idiomatiques. 'Les progrès réalisés en traduction automatique répondent à la loi de Moore: la qualité double tous les dix-huit mois', déclare Vin Crosbie, un analyste de l'industrie du web basé à Greenwich, dans le Connecticut (États-Unis). 'Ce n'est pas parfait, mais certains de mes correspondants ne se rendent même pas compte que j'utilise un logiciel de traduction.' Ces traductions font souffrir la syntaxe et n'utilisent pas toujours les mots à bon escient, parce que les bases de données-dictionnaires ne peuvent déchiffrer la différence entre les homonymes. (…) Sabatakis, directeur de SYSTRAN, explique que la traduction humaine coûterait entre 50 et 60 dollars par page web, ou environ 20 cents par mot. Alors que cette dernière solution peut convenir pour les pages 'statiques' d'information sur l'entreprise, la traduction automatique, elle, est gratuite sur le web, et le logiciel coûte souvent moins de 100 dollars, selon le nombre de langues disponibles pour la traduction et les caractéristiques propres au logiciel."
# Équipe du laboratoire RALI
Contrairement aux prévisions optimistes des années 1950 annonçant l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les systèmes de traduction automatique ne produisent pas encore de traductions de bonne qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick Andries, du laboratoire RALI (Laboratoire de recherche appliquée en linguistique informatique) à Montréal (Québec), expliquent ce échec dans "La traduction automatique, 50 ans après", un article publié dans les dossiers du magazine en ligne Multimédium: "L'objectif ultime de construire une machine capable de rivaliser avec le traducteur humain n'a cessé de fuir par devant les lentes avancées de la recherche. Les approches traditionnelles à base de règles ont conduit à des systèmes qui tendent à s'effondrer sous leur propre poids bien avant de s'élever au-dessus des nuages de l'ambiguïté sémantique. Les approches récentes à base de gros ensembles de textes, appelés corpus - qu'elles soient fondées sur les méthodes statistiques ou les méthodes analogiques - promettent bien de réduire la quantité de travail manuel requise pour construire un système de TA [traduction automatique], mais il est moins sûr qu'elles promettent des améliorations substantielles de la qualité des traductions machine."
Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans "The State of Machine Translation" (L'état de la traduction automatique), article publié en 1951, Pierre Isabelle et Patrick Andries définissent trois stratégies d'application de la traduction automatique: (a) une aide pour "balayer" la production écrite et fournir des traductions approximatives; (b) des situations de "sous-langues naturelles simples", comme l'implantation réussie en 1977 du système METEO qui traduit les prévisions météorologiques du ministère de l'Environnement canadien; (c) pour de bonnes traductions de textes complexes, le couplage de l'humain et de la machine avant, pendant et après le processus de traduction automatique, couplage qui n'est pas forcément économique comparé à la traduction traditionnelle.
Les auteurs penchent plus pour "un poste de travail pour le traducteur humain" que pour un "traducteur robot". Ils expliquent: "Les recherches récentes sur les méthodes probabilistes ont permis de démontrer qu'il était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace certains aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le bon 'appariement' entre les phrases d'un texte et de sa traduction, c'est-à-dire d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine correspond chaque phrase de la traduction. Appliquées à grande échelle, ces techniques permettent de constituer, à partir des archives d'un service de traduction, un mémoire de traduction qui permettra souvent de recycler des fragments de traductions antérieures. Des systèmes de ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le marché (Translation Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados, TransSearch du RALI, etc.). Les recherches les plus récentes se concentrent sur des modèles capables d'établir automatiquement les correspondances à un niveau plus fin que celui de la phrase: syntagmes et mots. Les résultats obtenus laissent entrevoir toute une famille de nouveaux outils pour le traducteur humain, dont les aides au dépouillement terminologique, les aides à la dictée et à la frappe des traductions ainsi que les détecteurs de fautes de traduction."
# Le futur vu par Randy Hobler
En septembre 1998, Randy Hobler est consultant en marketing internet auprès de Globalink, une société de produits et services de traduction. Il explique lors d'un entretien par courriel: "Nous arriverons rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plateformes ou même des puces. A ce stade, lorsque le développement de l'internet aura atteint sa vitesse de croisière, lorsque la fidélité de la traduction atteindra plus de 98% et lorsque les différentes combinaisons de langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la transparence de la langue - à savoir toute communication d'une langue à une autre - sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des normes sociales d'un pays à l'autre. La lettre O réalisée avec le pouce et l'index signifie "OK" aux États-Unis alors qu'en Argentine c'est un geste obscène.