Le second est celui des corps qui se refroidissent réellement, & que le Feu abandonne; cette sorte de froid n’est autre chose que la diminution du Feu, & c’est d’elle dont j’ai parlé dans l’article précedent. C’est ainsi que toute la Nature se refroidit & se contracte l’Hiver, par l’absence du Soleil, & par l’obliquité de ses rayons.
Le troisiéme est la congélation.
L’absence du Feu n’est pas la seule cause de la congélation. Il semble par toutes les circonstances qui accompagnent cette troisiéme espece de froid, qu’il ne peut être attribué à la seule absence du Feu; & qu’il faut en chercher une autre cause dans la Nature.
Preuves. 1o. Le Feu raréfie tous les corps qu’il pénetre, & augmente par conséquent leur volume: Donc si la glace n’étoit causée que par l’absence du Feu, elle seroit de l’eau contractée, & elle devroit être spécifiquement plus pésante que l’eau; mais il arrive tout le contraire, l’eau augmente son volume par la congélation, environ dans la proportion de 8 à 9, & elle l’augmente d’autant plus que le froid est plus grand, & qu’elle devroit être plus contractée: Donc la glace n’est pas causée par l’absence du Feu seulement.
2o. Cette augmentation de volume de l’eau glacée, ne peut être attribuée aux bulles que l’air qui s’échappe de ses pores, éleve dans sa substance; car de l’eau purgée d’air, avec tout le soin possible, se gele sans faire paroître aucune de ces bulles, & cependant son volume augmente.
3o. Le Feu étant le principe du mouvement interne des corps, moins un corps contient de Feu, plus ses parties doivent être en repos; ainsi si la glace n’étoit causée que par l’absence du Feu, elle devroit être privée de tout mouvement sensible, mais cependant il se fait une fermentation très-violente dans sa substance, cette fermentation va même jusqu’à lui faire rompre les vases qui la contiennent, quelque solides qu’ils soient; on sçait qu’elle fit peter un canon de Fusil que M. Huguens exposa sur sa fenêtre pendant l’Hiver, après l’avoir rempli d’eau: Donc l’absence du Feu n’est pas la seule cause de la congélation.
4o. Ce mouvement dans lequel les parties de la glace se trouvent continuellement, se prouve encore par les exhalaisons qu’elle rend, elles sont si considérables, que son poids en diminuë sensiblement. M. Hals a observé que si une surface d’eau s’évapore de 1/21e. de pouce en 9 heures, à l’ombre, pendant l’Hiver, la même surface de glace, mise dans le même endroit, s’évapore pendant le même tems, de 1/31e; c’est cette transpiration qui fait que la neige qui est sur la terre, diminuë, même par le plus grand froid.
Enfin, dans les Etangs pendant la gelée on entend le bruit causé par cette effervescence, ainsi la cessation du mouvement n’est pas plus la cause de la congélation, que le mouvement n’est la cause du Feu.
5o. Si la glace n’étoit que la privation du Feu, il devroit toujours dégeler dès que le Thermometre monte à 33 degrés au-dessus de la congélation; mais le Thermometre monte souvent jusqu’à 36 & même jusqu’à 41, sans qu’il dégele; & au contraire, il dégele quelquefois lorsque le Thermometre est au-dessous de 32 degrés: Donc l’absence du Feu n’est pas la seule cause de la congélation.
6o. Si le Feu en se retirant des pores de l’eau, étoit la seule cause de la congélation, on ne pourroit attribuer cet effet qu’à l’absence du Soleil, qui fait seul la différence du plus ou du moins de Feu répandu dans l’Atmosphere, pendant l’Hiver & l’Eté.