— Certainement, répondit-elle au drogman.

Dans la lumière matinale, la maison me parut attrayante et propre, la treille charmante et la propriétaire toute souriante, lorsqu’elle revint portant une belle rose.

— Demandez-lui si c’est la rose de Jéricho ?

— Oui, répondit-elle, par l’entremise de l’interprète.

— La vraie ?

— Elle n’en connaît point d’autre.

— Depuis combien de temps est-elle ici ?

— Depuis vingt-huit ans.

J’emportai la rose, toute joyeuse. C’était une fleur fraîche, de couleurs vives, ayant à peu près la même forme et la même odeur que notre rose de mai, seulement un peu plus petite. Voulant jouir de sa beauté, je l’emportai avec moi au Jourdain, à la mer Morte, oubliant les valises, les livres et les éventails, pour ne faire attention qu’à la compagne odorante et délicate de mon long et silencieux voyage. Elle ne commença à se flétrir qu’à mon retour à Jérusalem ; alors, comme une jeune fille sentimentale, je la plaçai entre deux feuilles de ouate et je la renfermai dans un gros livre. Si les joues des femmes juives étaient aussi belles que les pétales de ma rose, si leur haleine était aussi parfumée, le Psalmiste avait raison !…

Le soir, à table, le secrétaire du Consul français me présenta le médecin du Consulat, homme très intelligent et très aimable, qui habite la Palestine depuis huit ans.