— Ah ! en Italie ?

— Oui, chère madame. Quel pays que le vôtre, quel pays !

— Vous y avez des affaires ? lui dis-je, ne pouvant encore oublier le négociant.

— Des affaires, des affaires ! Je vais en Italie pour Saint-Marc de Venise, pour le Dôme de Florence, pour Saint-Pierre de Rome ! J’y vais pour les Madones de vos peintres. Quels peintres et quelles Madones ! J’en rêve encore lorsque je suis de retour à Saint-Jean-d’Acre. Cette année j’ai eu, à Rome, un grand, un parfait bonheur !

Je compris enfin cette âme pour la première fois, et je m’écriai :

— Vous avez vu le Pape ?

— Je l’ai vu, répondit-il à voix basse, respectueusement.

— Eh bien, quelles ont été vos impressions ?

— Je ne puis tout vous dire. Nous attendions cette audience depuis huit jours. Je ne mangeais et ne dormais plus. Enfin, nous pénétrâmes dans le Vatican ; mais deux heures s’écoulèrent encore. Enfin, le grand vieillard parut, vêtu de blanc, les mains de cire, le visage décoloré. Je tombai à genoux, tremblant de tous mes membres, et je sentais qu’il venait vers moi. Je l’entendais parler à mes compagnons. Je ne respirais plus. Léon XIII s’est arrêté, près de moi. Ah ! madame, le Pape près d’Ibrahim, le pauvre marchand de grains de Saint-Jean-d’Acre ! le Pape, celui qui représente la Religion sur la terre et dans le ciel !

— Il vous a parlé ?