— Êtes-vous fatiguée ?

— Non, je suis très bien.

— Tant mieux.

Notre petit groupe s’avançait toujours dans ce noir ; on entendait seulement la chanson du muletier. Par moments, un fantôme surgissait devant moi : c’était le Bédouin à cheval, qui revenait vers nous, pour ne pas s’éloigner de la caravane. Tout à coup, arrêt brusque. Nous étions arrivés au khan. Les gens sortirent et se mirent à parler vivement en arabe avec Issa. Celui-ci resta avec moi pendant que les muletiers conduisaient les bêtes à l’écurie. Je m’assis dans le palanquin, qu’on avait posé par terre, et demanda :

— Que disaient ces hommes, Issa ?

— Rien, madame.

— Dis-le-moi.

— Ce sont des sottises.

— N’importe, je veux le savoir.

— Eh bien, ils disaient que nous étions fous, vous et moi, d’avoir entrepris ce voyage dans ces conditions ; la nuit dernière, il y a eu une attaque à la même heure.