[16] Le lecteur qui trouverait ici que l’auteur exagère pourra se reporter au Kitab el Istiqsa, chronique de la dynastie marocaine actuelle, dans la traduction d’Eugène Fumey (Archives marocaines, vol. X, t. II, p. 372 et suiv.). Il se convaincra que la teneur de lettre ici transcrite n’est, dans le genre emphatique et prétentieux, qu’un vague reflet du texte original.

« Sache donc que quittant notre glorieuse capitale de Fez la bien gardée, je conduirai mon armée immense, par les Beni Mguild, jusqu’au pays des Aït Izdeg. De là, par le pays des Aït Moghrad et des Aït Haddidou, je me rendrai au Tafilelt pour prier sur la tombe de mes ancêtres, que Dieu les sanctifie !

« Pour le surplus, le porteur te dira ce qu’il doit dire. Salut ! »

Comme presque toutes les lettres du même genre, celle de Moulay Hassan s’arrêtait net au moment où elle allait devenir intéressante. Le Sultan ne voulait confier à personne de son entourage ce qu’il avait à dire au chef berbère de la grande confédération Zaïane. Il avait préféré laisser sortir de Fez le caïd porteur de la lettre, puis le rappeler auprès de lui pour lui donner sans témoin les instructions destinées au Zaïani. Après quoi le messager avait été remis en route, sans qu’il puisse parler à personne de la ville ou du palais. Il y a dans la politique makhzen quantité de petites roueries enfantines du même genre.

Sa lecture finie, le caïd Qacem el Bokhari se rapprocha de Moha et de Hassan et ajouta à voix basse.

— Voici les paroles de notre Maître pour toi, Moha.

Les Zaïane devront s’abstenir de toute aide aux gens que je veux châtier ou seulement ramener dans le droit chemin. Le caïd Moha, aidé de notre ami très cher le caïd Qacem et des soldats glorieux à lui confiés par Notre Majesté, devra tenir la main à ce que chacun reste chez soi. Le pays des Zaïane n’étant pas de ceux dont j’ai décidé la visite, ses habitants n’auront aucune charge ni imposition pour l’entretien de ma mehalla heureuse que Dieu guide. Le caïd Moha règlera, selon son cœur et la pure tradition, sa conduite personnelle en ce qui concerne les hommages à rendre à mon noble étrier.

— Que veut dire cela ? interrompit le Zaïani, qui d’ailleurs avait fort bien compris.

— Cela signifie, reprit Qacem, que tu ne pourras laisser le Sultan passer dans ton voisinage sans aller le saluer avec, dans les mains, ce que les convenances conseillent.

— Ah ! bien, tu devrais t’exprimer clairement, dit le Berbère…