— Je continue, dit le soldat. Notre Maître a dit aussi : Il ne suffit pas que notre ami très cher le caïd Mohammed se contente de maintenir en repos ses propres tribus. Il doit encore, par tous les moyens et au besoin par la guerre, clouer sur place les gens maudits de Dieu pour leurs mauvaises intentions apparentes ou cachées qui seraient capables de détourner de sa route mon noble étrier chérifien.
Ainsi parla Mon Seigneur, conclut Qacem.
— J’ai compris, dit Moha.
Et après un instant de réflexion il ajouta :
— Mes tribus sont dans ma main. J’adresserai au Sultan les hommages et les cadeaux qui lui sont dus, mais je ne pourrai y aller moi-même car, pour répondre à son désir, il me faut être attentif à tout ce qui pourrait jaillir du haut des monts. Tu lui diras que son pire ennemi est le vilain diable d’Arbala, Ali Amhaouch, celui dont les serviteurs ont trahi et assommé Moulay Sourour. Dis au Sultan qu’il ne lui convient pas de venir par ici châtier ce traître. Assure-le que je ferai de mon mieux pour le contenir. C’est donc toi qui iras à ma place exposer cela à ton maître et lui porter mon cadeau. Et maintenant est-ce tout ?
Le brave caïd Qacem qui revenait de Fez tout imprégné de l’onctueux formalisme pratiqué au Makhzen fut un peu choqué de la réponse désinvolte de Moha ; mais il connaissait déjà la brusquerie native du grand chef. Il dégageait en tout cas des paroles entendues que le Zaïani voulait éviter deux choses qui l’auraient gêné beaucoup, une visite personnelle au Sultan, l’intervention de celui-ci dans la région. Mais il ne s’attendait guère à ce qu’il allait entendre encore. Hassan, au contraire, le savait sans doute car il sortit de la tente laissant son père en tête à tête avec le caïd des soldats.
Et Moha continua :
— El Maati, ton adjoint, a une fille qui me plaît. J’ai décidé de l’épouser. Tu préviendras ses parents et des gens de ma tente iront la leur demander pour moi.
Ba Qacem eut de la difficulté à comprendre ce qui se passait. Il en était encore à la mission du Sultan, aux affaires politiques, aux choses graves.
— Parles-tu pour rire ? demanda-t-il, songeant à quelque lourde plaisanterie comme Moha en avait parfois.