Mais le sourire qu’il ébauchait s’effaça quand il vit la transformation qui s’opérait dans l’aspect du caïd.

Secouant son ample burnous noir, il en avait fait jaillir ses bras nus, bruns et musclés. D’un revers de main, son capuchon était retombé en arrière entraînant la rezza, la bande de mousseline blanche qui ceignait sa tête et celle-ci apparaissait toute rasée, à l’exception de deux touffes longues et bouclées qui ornaient ses tempes. Son visage n’avait plus rien de l’aménité goguenarde par laquelle il accueillit le mandataire du Sultan et son discours. Moha était sous l’empire de quelque pensée violente et Ba Qacem ne s’y trompa point.

— Rire ! dit Moha, il n’en est pas question. Je t’ai écouté ; à ton tour de m’entendre. Je viens de te dire mes intentions ; tes soldats s’honoreront en alliant une de leurs filles au caïd Moha. Ils rachèteront un peu leur mauvaise conduite à mon égard. Tu ne me demandes plus si je plaisante ? Sais-tu qu’en ton absence ils ont détroussé des gens de Fez, des sujets de ton maître qui venaient à Khenifra ? Sais-tu qu’à mon appel aucun n’a répondu le jour où les Aït Bou Mzil saccagèrent les marchés ? Et tu viens me dire de la part du Sultan qu’il faut tenir la montagne en respect ! Mets de l’ordre à tout cela, Ba Qacem, je te le conseille vivement.

— Je te conseille, à mon tour, dit le soldat, de renoncer à ce mariage. Tu abuses… Je ne sais pas vraiment comment présenter la chose à mes hommes.

— Demande conseil à ta tête… et bonjour !

Ba Qacem se leva et sortit de la tente. Moha l’entendit qui exhalait en un Allah ou Akbar ! toutes ses impressions confuses et chagrines.

Hassan reparut devant le chef.

— Tu as tort, mon père, tu as tort de ne pas remettre à plus tard ce projet de mariage. Ces gens sont pleins d’orgueil ; c’est jouer avec le feu.

Mais Moha négligeant ces paroles suivait sa pensée furieuse.

— Tu l’as entendu ! le licol et la longe ! le licol et la longe ! Voilà ce qu’ils nous réservent, après tous ceux dont parle la lettre. Et l’on m’écrit cela ! et je dois l’écouter devant mon fils !