— C’est très juste, répondirent les commerçants qui ne tenaient pas à voir s’éloigner d’eux le chef garant de leur tranquillité.

— La députation, reprit Moha, n’ira pas les mains vides. Elle emportera d’abord mon cadeau personnel. Je vous dirai demain quelle sera la contribution des marchands de Khenifra.

Mobha n’en dit pas plus long et laissa ses hôtes à leurs réflexions. Il y eut des conciliabules à voix basse entre les négociants et ceux-ci, paraissant d’accord, se levèrent et prirent congé du caïd avec force remerciements pour son hospitalité et ses victuailles.

Mais à peine étaient-ils sortis que le délégué des Fasis rentra dans la tente où seuls demeuraient le caïd et son fils. La conversation reprit tout naturellement, à peine interrompue, sembla-t-il, par le départ des invités.

Le commerçant parla sans gêne aucune, en homme d’affaires qui sait ce qu’il veut :

— Je ne pense pas que tu puisses demander à tes tribus plus de mille douros. Tel est le chiffre auquel nous pensions quand tu nous disais ton projet.

— Admettons, dit Moha ; le temps surtout me manquera pour faire rentrer cette somme ; mes gens ne sont pas habitués à verser de l’argent à un sultan.

— Aussi serait-il préférable, si je comprends bien ta pensée, d’obtenir le cadeau sans en parler. Et comme Moha se taisait attendant la suite, l’homme continua :

— Les mille douros seront ici demain, in cha’llah ; mais il faudrait que les autres marchés de la montagne, je dis ceux qui sont sous ta main, fussent fermés durant trois mois.

— La chose est possible, reprit Moha, après une minute de réflexion.