Après le départ du marchand fasi, Hassan resta seul avec le caïd et l’entretint de divers détails intéressant la tribu. Mohand ou Hammou l’écoutait distraitement, absorbé sans doute par des réflexions plus importantes. C’était l’heure où Rabaha s’en allait avec la servante lire l’avenir dans les feuilles de henné.

La nuit vint et la tente s’éclaira d’une lanterne où brûlait une grosse bougie de cire colorée.

Un domestique entra et parla d’un bruit inaccoutumé de voix qui s’entendait dans le camp des soldats, de l’autre côté du gué, sous Khenifra.

L’homme sortit et revint peu après. Un groupe de ces soldats, dit-il, avait franchi le gué et parlant très fort se dirigeait vers le douar. On entendait dans la nuit leurs fusils tenus à la main et qui pendant la marche se choquaient.

Le caïd échangea un regard avec son fils. Celui-ci fit signe de la tête qu’il avait compris et sortit. Peu après les soldats approchèrent du campement. Pour arriver à la tente de Moha, il leur fallait pénétrer dans le douar envahi d’ombre. Ils étaient excités. On les entendait crier :

— Moha !… Moha ! où est le caïd Mohand ou Hammou ?

Mais ils hésitaient à entrer dans le grand rond mystérieux que dessinaient les feux du soir. Le serviteur se présenta à nouveau devant le caïd et attendit silencieux.

— Laissez-les passer, dit seulement celui-ci.

Encouragés par l’invite qui leur fut faite, les mutins entrèrent dans le douar et derrière eux se ferma la Zeriba, la formidable haie aux longues épines, celle qui servait déjà de défense aux Numides de Jugurtha, oppidum impenetrabile, disaient les Latins. Plusieurs soldats d’ailleurs s’abstinrent de suivre la bande. Celle-ci comportait une vingtaine d’hommes menés par le caïd mia El Maati dont Moha avait demandé la fille en mariage.