— C’est le hartani d’Ichou ; c’est lui qui a le fusil.

— Je le connais, va lui dire que je suis là.

— Non, car il te prendrait pour lui.

— Penses-tu valoir autant qu’un homme ? dit la femme en s’approchant.

Le berger alors se dressa à demi, saisit la femme par ses vêtements à la poitrine et l’attira sur le sol à son côté.

Mahbouba se livra, désormais sûre de la discrétion de son hôte.

Puis celui-ci la tenant toujours l’entraîna d’une main rude vers la muraille de rochers. Là une excavation s’ouvrait où ils entrèrent. C’était, découpé par les bergers dans une pierre plus tendre noyée dans la masse, un refuge assez vaste où se terrait le troupeau en cas de mauvais temps, en cas d’alerte aussi. Le sol, mélange de terre et de fiente accumulée, piétinée, était souple. La surface était couverte d’empreintes faites par les pieds des moutons en quelque jour humide et depuis séchées. Il y avait un foyer de trois pierres, une grossière marmite en argile très rouge, des toisons servant de couche au gardien.

La femme réveilla une braise qui couvait, des ronces sèches flambèrent, puis une souche qui brûla en fumant. L’homme la regardait les yeux brillants, les lèvres entr’ouvertes sur une dentition toute blanche.

— J’ai faim, dit Mahbouba.

— Attends, dit le berger. Il sortit aussitôt, traîna devant l’entrée de la grotte une masse épaisse de ronces et disparut.