— Elle sent diablement le mouton mouillé, fit Dubois ; qui es-tu, femme ?
— Je suis Itto, mère de Mohand.
— C’est la belle-sœur du caïd, dit Martin, elle est veuve et mère du jeune homme qu’on attendait.
— Pourquoi es-tu venue, femme ?
La Berbère avait sorti de dessous son vêtement trempé une lettre qu’elle tendit.
Le papier était très mouillé mais lisible et tout moite du contact de la chair contre laquelle on l’avait caché. Le caïd annonçait la rentrée de son neveu venu par l’Oued Defali, en plaine. Toute autre voie était coupée et depuis midi les Ghouara, les dissidents, glissaient éparpillés, en grand nombre, de toutes les parties du plateau vers le camp. L’ordre était chez eux d’un violent effort qui obligerait la colonne à rentrer à El Hajeb. Ce recul devait encourager à prendre les armes certaines tribus hésitantes de l’arrière-pays. Le caïd terminait en exprimant l’espoir que la femme parviendrait à franchir le cercle qui peu à peu se refermait sur le camp. Sa traduction achevée, Martin considéra la femme dont tout l’être, par l’effet de la chaleur qui régnait dans la tente, s’entourait d’une buée de vapeur.
— Comment es-tu passée ? lui demanda-t-il.
— Je me suis jointe aux femmes des Aït Mguild qui suivent les guerriers et portent des cartouches ; j’ai dit que je venais voir…, c’est notre coutume en somme ; les hommes avancent très lentement et, à une demi-heure d’ici, nous nous sommes mises à nous laver et à jouer dans le ruisseau.
— Brrr ! quelle santé ! fit Dubois.
— Comme nous parlions trop haut, un homme nous a jeté des pierres pour nous faire taire et nous nous sommes dispersées par peur des hommes. Moi, je me suis dispersée de ce côté-ci.