La pluie maintenant se mêlait de neige et par moment de grêle.
Les deux amis rentrés dans leur tente s’allongèrent tout habillés sur leurs lits.
— Je ne pense pas, dit Martin, qu’il soit opportun de nous coucher.
— Moi, je pense, fit Dubois, qu’il faut à ces gens vraiment le diable au corps pour sortir de chez eux par un temps pareil. Avez-vous remarqué, ajouta-t-il, comme cette Berbère s’inclina pieusement en prononçant le nom de Sidi Raho, notre ennemi ? Que se passe-t-il dans l’âme de ces êtres sauvages ? Comment expliquer à la fois cette vénération pour le marabout et la démarche de cette femme venant ici nous prévenir, faisant pour cela plus d’une lieue sous la tempête et à grands risques ?
— La messagère du chef, dit Martin, exécute les ordres de son maître. Celui-ci lutte avec nous contre Sidi Raho tout en l’aimant lui-même beaucoup ; il l’avoue mais ne le manifeste pas. Cette femme, sachant moins discuter ses sentiments, vous les a laissé voir en un geste qui ne manquait pas de grandeur. Des deux côtés de la barricade ces gens sont sincères. Ils cherchent instinctivement, comme tous les humains, une voie vers un sort meilleur et suivent courageusement celle qu’ils croient bonne. Et, dans ces moments de trouble, sans doute souffrent-ils beaucoup ceux qui, pour nous suivre, se détournent du vieux chemin, des vieilles croyances et des longues affections.
Mais il fait trop froid pour philosopher.
— Voici d’ailleurs la tempête qui monte, dit Dubois, c’est l’orage annoncé. Évidemment les Berbères vont attaquer notre front ouest qui reçoit de face la grêle qu’ils auront, eux, dans le dos.
— C’est couru, dit Martin, et vivement il éteignit la lumière, car le premier coup de feu venait de retentir.
Il y eut un silence de quelques secondes, puis une autre détonation, puis trois ou quatre, et très rapidement la fusillade de l’assaillant crépita de tous côtés.
Dubois ouvrit la porte de la tente sur laquelle la grêle fouettée par un vent de bourrasque battait un rappel effréné. Le camp semblait mort, insensible à la double tempête que le ciel et les hommes déchaînaient sur lui.