Et soudain la face ouest, puis très rapidement les autres s’illuminèrent. Dans un fracas épouvantable, où fusils, mitrailleuses et canons, tout donnait à la fois, le camp ripostait.
— Sortons-nous ? demanda Dubois.
— Je n’en vois pas l’utilité, répondit Martin, et ce serait contraire aux ordres reçus : tous ceux qui n’ont pas un rôle dans la défense de nuit sont invités à se tenir tranquilles et à ne pas causer de « poutrouille ». Vous ne courez pas moins de danger dehors que dans votre tente où il ne pleut pas, ce qui est appréciable, et, si vous tenez à regarder la mort en face, il fait trop sombre, vous ne verrez rien.
— Notre rôle est en effet terminé, dit Dubois, nous l’avons rempli en avertissant notre chef. Et ne trouvez-vous pas que c’est un remarquable assouplissement du système nerveux de rester ainsi inactifs, assis, dans cette pétarade ?
— Nous recevons en effet ici, dit Martin, par ces tirs de nuit mal dirigés, plus de balles que les faces mêmes, et voici déjà de fâcheuses gouttières dans notre toile de tente.
Un ralentissement se produisit à ce moment dans la fusillade ; des cris aigus, ces cris berbères bien connus qu’on dirait poussés par des enfants, retentissaient, auxquels d’autres plus graves répondirent.
— Les voilà qui attaquent la face ouest, dit Martin ; ils viennent au contact et les nôtres chargent.
Et, malgré tout leur calme, les deux officiers sortirent de la tente pour tâcher de distinguer quelque chose de la tragédie qui s’accomplissait là-bas, dans l’ombre. Près d’eux passa une troupe d’hommes qui couraient ployés en deux. C’était une compagnie tenue en réserve qu’un ordre lançait en soutien du front accroché. Puis ce fut une autre face dont le feu s’éteignit à son tour ; le corps à corps s’y engageait et pendant quelques instants on n’entendit plus qu’un sourd brouhaha d’où s’élevaient parfois des accents, des cris plus nets et que couvrait de temps à autre le claquement d’une mitrailleuse tirant par saccades.
Enfin la fusillade reprit partout, marquant et précipitant la retraite des assaillants ; puis le feu s’éteignit peu à peu et bientôt le camp tout entier retomba dans le silence.
Des plantons passèrent, apportant au chef les premiers comptes rendus ; et l’on vit assez longtemps encore quelques lanternes qui, dans la nuit opaque et froide, guidaient des groupes imprécis vers l’ambulance du ravin.