— Les Berbères sont tombés sur un solide bec de gaz, diront nos troupiers, fit Dubois en réintégrant sa tente.
— Grâce à Itto, mère de Mohand, dit Martin qui allumait une page entière d’un journal du soir. Je serais curieux de savoir si elle a pu rejoindre son douar.
La Berbère fut retrouvée le lendemain dans le ruisseau où elle avait joué la veille. Une balle lui avait traversé la tête, balle égarée ou balle de vengeance, on ne le saura pas.
En tout cas, ce récit écrit peu après l’incident prolongera peut-être le souvenir d’Itto, mère de Mohand, qui, probablement sans grande conviction d’ailleurs, mourut pour la cause française et ne revit pas son petit.
Le Thé
« Je crois enfin, Messieurs, répondre au vœu de toute la Chambre en adressant son salut à nos braves soldats qui combattent pour la France et pour la civilisation, là-bas dans les sables brûlants du Maroc. »
(Applaudissements prolongés. L’orateur en regagnant sa place reçoit les félicitations, etc…)
Durant replia le Journal officiel et le posa dans le casier où il l’avait trouvé et pris par désœuvrement. C’était un numéro datant de trois ans environ et laissé là par quelque prédécesseur. Puis, s’approchant du poêle, il le bourra, tisonna un peu et revint s’asseoir devant son bureau où l’attendaient des paperasses. Au dehors, la neige tombait doucement en grosses floches achevant d’éteindre l’ardeur des sables brûlants dont parlait le Journal officiel.
Le commandant Durant était depuis longtemps au Maroc où la mobilisation l’avait trouvé et retenu dans ce poste du « front berbère ». Il avait, pour l’aider dans son commandement, le jeune Dubois, officier des « renseignements », plein de bonne volonté et de jeunesse et, pour cette double raison, objet de l’affection et de l’attention continue de son chef heureux de guider son ardeur dans ce pays à peine soumis, peuplé de montagnards retors et guerriers.