Alors Ben Niya, tenant son âne par les deux oreilles, dit aux gens :

— J’aurais fait ce que fit mon père le jour où, étant au marché, son âne disparut.

— Mais quoi encore ? dit la foule.

— Je serais rentré chez moi à pied !

A ce moment un long trille de youyous venu de la maison voisine tomba dans le jardin, se répercuta aux grands murs et entra dans la pièce avec une bouffée de jasmin surchauffée. Et les rires qui devaient accueillir la réponse de Ben Niya, la fin de l’histoire pour amuser les enfants, les rires demeurèrent au fond des gorges.

Les trois amis regardaient la femme. Son visage exsangue, ses yeux agrandis, sa bouche convulsée formaient un masque d’indicible terreur ; ses poings fermés martelaient sur les dents ses lèvres toutes blanches, tandis que stridaient les youyous. Puis l’on entendit une détonation, les voisins en noce faisaient parler la poudre et la physionomie si douloureuse à voir se modifia. La femme se dressa, son front sembla s’arc-bouter sur l’accolade des sourcils froncés, le regard devint volontaire et dur, les mains joignant leurs doigts en firent craquer les phalanges, du geste énergique de qui prévoit un effort. La femme n’avait plus peur mais, bien folle cette fois, revivait le danger, et, comme elle avait dû faire la première fois, se préparait à la lutte.

Au regard interrogateur de ses amis le médecin répondit :

— Voici peut-être la grande crise, dominez-vous, écoutez et regardez.

La folle bondit tout à coup vers Martin et ses deux mains voulurent s’accrocher à son bras.

— Écoute ! cria-t-elle.