— Soyez-en convaincu, répondit Martin. On casse, on verse, on crève, on répare et on continue ; je vous assure qu’on a de la distraction. Ah ! nous voici à l’oued. Ne vous embarquez pas sur le pont ! le tablier a été enlevé par la crue, cria-t-il à l’adresse du chauffeur.

Et, à la grande surprise de Duparc, la voiture laissant à gauche un pont de bois qui prolongeait la piste dégringola vers le lit d’un ruisseau qui barrait la route, entra dans l’eau, sautilla furieusement sur les gros cailloux ronds qui formaient le gué et se lança à l’assaut de la rampe opposée dont elle atteignit le sommet après trois secousses d’essieux des plus inquiétantes.

— Il faut toujours, dit Martin, mettre des paillons aux bouteilles et surveiller la mise en caisse, si l’on veut éviter la casse et ménager l’argent des camarades qui vous ont chargé de commissions. Mes bouteilles sont bien emmaillotées.

— J’en prends note, dit Duparc, se décidant à rire, vous me paraissez plein d’expérience.

— J’ai été roumi, moi aussi, répondit Martin, mais il y a longtemps. Voici la piste qui s’améliore, nous allons pouvoir marcher.

Au même moment, la voiture pencha violemment sur le côté, et les voyageurs s’accrochèrent instinctivement à l’arceau de la capote.

— Cave ne cadas ! dit la voix de Mongarrot.

Mais déjà, l’obstacle franchi, la Ford repartait de plus belle. La piste s’allongeait vers des collines au travers du bled Guerrouan ; le soleil montait, chauffant de belles moissons, des indigènes allant vers la ville ou en venant circulaient nombreux sur les sentiers.

Ils s’arrêtaient pour regarder la voiture qui, rapide et sautillante, passait auprès d’eux. Tous s’en amusaient et riaient.

Duparc, à son propre étonnement, se prit à aimer ces choses, ces gens, ces collines roses à l’horizon et même ses compagnons, tout étranges qu’ils lui parussent encore. Il s’informa des oueds qui se trouvaient sur la route.