Un bruit retentit qui semblait l’éclatement d’un pneu ; mais la voiture roulait toujours vivement et le bruit se répéta, devint claquant.
— Ils tirent, dit Martin, de ce mamelon rocheux et dénudé, là-bas, en avant de nous. Vous, ajouta-t-il en s’adressant au chauffeur, occupez-vous uniquement de votre machine et de votre direction.
— Age quod agis, fit Mongarrot, qui détachait les fusils et les passait à ses compagnons.
— Nous les sèmerons, dit Duparc qui n’entendait plus de coups de feu.
— Voire, dit Mongarrot qui distribuait des cartouches.
— La piste est fort sinueuse entre tous ces mamelons boisés, expliqua Martin ; ils peuvent, par un raccourci, nous rattraper. Nous allons arriver à une grande clairière que la piste traverse obliquement avant de rentrer à nouveau dans la forêt. Nous serons là à quatre kilomètres du caravansérail où le convoi doit être campé depuis midi.
A un détour brusque de la piste débouchant sur la clairière, le chauffeur bloqua sa voiture qui fit un soubresaut des quatre roues et, malgré tout, vint heurter un obstacle. Un arbre énorme gisait en travers de la route.
— Les voilà ! dit Mongarrot.
La forêt cessait tout d’un coup pour reprendre à quelques centaines de mètres plus loin. L’intervalle dénudé montait à gauche, en pente raide, vers une crête rocheuse qui fermait le tableau de ce côté. A droite, la clairière s’élargissait et se perdait dans une vallée dont on ne voyait rien.
Mongarrot avait aperçu, encore loin, les « salopards » dévalant de l’arête rocheuse, bondissant éparpillés, le fusil à la main, avec cette extraordinaire agilité des fantassins berbères. Les trois amis se portèrent en demi-cercle en avant de la voiture.