— Combien veux-tu ? dit le rabbin immédiatement ramené au terre à terre et d’ailleurs inquiet.
— Tu me donneras deux foulards de soie neufs, pas plus.
— Es-tu folle ! deux foulards, mais c’est le prix de dix mouds au moins…
— Non pas, car en échange je te donnerai deux des miens encore bons, l’un pour ta femme et l’autre pour son associée. Elles les mettront pour la fête.
Le rabbin palpa le foulard que la femme lui tendit en exemple de ce qu’elle donnerait et le troc envisagé lui convint.
— Allons ! tu es une brave fille, c’est entendu et tu vas réussir sans retard ?
— Je ferai mon possible… mais, tu sais, en ce moment, les chrétiens oublient facilement ; il faudra peut-être que je revienne plusieurs fois à la charge… ils ne pensent qu’à la guerre…
— La guerre, fit Youda soudainement pensif, c’est vrai, il y a la guerre. Est-ce qu’il t’en parle, le fils d’Edom ?
— Jamais ; seulement il cause avec des amis qui viennent le voir et ils discutent pendant des heures. C’est vraiment une chose terrible ; plus de dix peuples se déchirent, des millions d’hommes sont morts, des centaines de villes sont détruites. C’est très triste et quand je les entends raconter ces choses, j’ai envie de pleurer.
— Pourquoi pleurer ? dit Rabbi Youda, tu dérailles, femme ! Garde tes larmes pour les tiens. Veux-tu, ajouta-t-il après une hésitation, veux-tu que je te console par avance de tout ce que tu peux entendre de ces gens ? Écoute, je vais te parler à cœur ouvert.