Nicolas avait gardé son sang-froid d’une telle volonté que pas une fibre de son visage n’avait remué quand il entendit prononcer le nom de la demoiselle. Il dit seulement, quand le vin arriva :
— Vous parliez d’une Monique Piédalue, camarade ? Voyez comme on se retrouve !… J’ai justement une payse de ce nom… Mais ça ne peut pas être elle…
— Et pourquoi non, s’il vous plaît, répondit Passadoux entre deux bouffées. Ça peut très bien être votre payse. Tenez, je vais vous en tracer le portrait : cheveux plats, sous un bonnet de même, nez long et assez pointu, ce semble, le reste à l’avenant…
— Après tout, fit Nicolas, il se peut. Eh bien, si c’est ma payse, je vous jure de payer bouteille, plutôt deux nuits qu’une, si vous me la laissez voir.
— Ça, mon garçon, c’est facile ! Demain soir votre payse aura été avertie et elle vous attendra à la fenêtre de… Enfin, suffit ! Je vous la montrerai, cette fenêtre, et pas plus tard que cette nuit, encore !… Mais quel est le nom du pays ? Oui, quel nom saura attirer cette pâle Monique ?
— Ah bien ! voilà… Mon nom de guerre est…
Nicolas regarda les soldats qui continuaient de jouer ; tout à leurs cartes, ils ne s’occupaient point des deux buveurs solitaires. Le sergent, toujours galant, aidait dans la cuisine Madelon à fourbir sa vaisselle d’étain. La patronne, tout au fond, dormait derrière le comptoir.
Alors Nicolas coula ces paroles dans l’oreille de Passadoux :
— C’est par rapport aux piquiers que vous voyez là-bas. Notre compagnie a eu des histoires avec eux. Vous comprenez ?
— Parfaitement ! dit avec gravité Passadoux tenant son pot d’une main et sa pipe de l’autre. C’est compris ! La chose est assez claire.