Ainsi avait parlé M. d’Oultry, après que Nicolas lui eut donné l’emploi de sa nuit. Et c’est peut-être cet intérêt commun qui obligea Mme d’Aronville à épouser M. d’Oultry dès la fin de la guerre et à retenir Nicolas et Monette près de sa personne.
— Apprends avec ménagements à ta Monette, quoique tu n’oses rien lui dire, qu’elle est à la fois orpheline et fiancée, dit Mme d’Aronville au petit berger.
Et M. d’Oultry ajouta :
— On les mariera aux prochains abricots, et on leur donnera une ferme que l’on ne brûlera plus, s’il plaît à Dieu !
Mai 1908.
La Légende singulière et naïve des Sept Dormants d’Éphèse
A Monsieur Étienne Lamy.
Au temps de l’empereur Decius, une persécution terrible s’abattit sur les communautés chrétiennes. Les partisans de l’ancien ordre de choses, en majorité dans les conseils, réussirent à présenter les fidèles du Christ comme une tourbe turbulente de pernicieux novateurs, ennemis de l’État, contempteurs de ses dieux et de ses lois, lésant la majesté de César, déniant son autorité légitime et insultant sa personne sacrée par un refus impie d’en reconnaître la divinité vénérée de tous les bons citoyens.
La persécution s’étendit sur toutes les provinces de l’Empire ; celle d’Asie ne fut non plus épargnée que les autres. On dit même que l’Empereur s’y porta de sa personne, afin d’augmenter par sa présence l’autorité de ses magistrats. Tous les chrétiens furent sommés de sacrifier publiquement aux faux dieux.
Les chrétiens de la ville d’Éphèse furent particulièrement recherchés, car, depuis l’apostolat de Paul, ses communautés brillaient entre toutes par leur édifiante piété. A l’arrivée de l’Empereur, les autels du paganisme se relevèrent en maints lieux. La multitude servile témoignait ainsi de son zèle, dans l’espoir des largesses impériales. Et tous ceux que l’on soupçonnait d’appartenir à la religion du Christ furent amenés devant les idoles, auxquelles on leur ordonnait d’offrir les sacrifices prescrits. S’ils refusaient, on les traînait en prison pour y attendre le dernier supplice.