Et, quand les exécutions commencèrent, la crainte du trépas arracha à plus d’un l’apostasie qui perd l’âme pour sauver le corps. Mais la plupart des chrétiens préférèrent la mort à la renonciation de la foi ; et, comme il arriva souvent, ce furent de faibles femmes et de tendres enfants qui donnèrent au monde l’exemple de la constance dans les tourments. On ne vit bientôt plus que corps sanglants crucifiés ou suspendus aux murs et aux portes de l’enceinte, que têtes fichées sur des piques. Les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre se repaissaient, aux yeux de tous, de ces lamentables débris.
Mais, si les âmes fermes trouvaient là un sujet d’édification et un encouragement à servir Dieu au péril de leur corps périssable, il n’était que trop d’âmes tièdes et molles pour renier le Christ et acheter la vie en foulant aux pieds le divin symbole de la foi. Et, comme pour ajouter à leur infamie, beaucoup de ces apostats dénoncèrent leurs amis et leurs proches. On vit l’époux livrer l’épouse, les pères livrer leurs enfants, les fils et les filles trahir leur mère. Et les derniers fidèles se demandaient si les temps annoncés par Jean n’étaient pas arrivés où l’Antéchrist, descendu parmi les hommes, détruirait de ses mains sacrilèges l’édifice miraculeux construit par le Fils de Dieu.
Or, parmi les chrétiens les plus fervents et qui ne désespérèrent point de la miséricorde divine, brillaient entre tous sept jeunes garçons. Martin, Jean, Maximilien, Jamblique, Denis, Antonin, Exacustade, tels étaient leurs noms, et ils appartenaient aux premières familles de la ville. Leur piété exemplaire devait attirer tout d’abord l’attention des délateurs à l’affût des découvertes profitables, tant était grande la générosité des pontifes des faux dieux. Ces délateurs surprirent les sept nobles enfants, un jour que, prosternés dans une chapelle, ils se couvraient la tête de cendres, en signe de deuil, et se frappaient la poitrine, en suppliant Dieu de leur permettre de ne point faiblir à l’heure suprême que chacun d’eux sentait proche.
Les sept enfants étaient de trop illustre origine pour que les misérables espions ne les reconnussent point tout d’abord. L’un de ces délateurs dit à ses compagnons :
— Les dieux nous aiment qui mettent aujourd’hui entre nos mains des coupables dont la capture réjouira l’âme de notre magnifique Empereur. Continuez de faire le guet. Pour moi, je cours au Palais pour raconter ce que nous avons vu.
Et, aussitôt arrivé, le délateur se jeta aux pieds de Decius, et, baisant ses brodequins de pourpre :
— O César, puissant au-dessus des puissants, miroir de justice, source de tout bien, souffriras-tu que les premiers de ta ville, bravant tes édits, continuent de sacrifier impunément à ce prétendu dieu que les Juifs eux-mêmes méprisent, tant ils le trouvent ridicule et odieux ? J’ai vu, César, — les dieux éloignent tout mal de ta face radieuse ! — j’ai vu Maximilien, le propre fils du préfet d’Éphèse, j’ai vu Martin et Antonin, dont le père compte parmi tes généraux, et aussi Denis, d’autres encore, sept en tout, adorant Christ. Je les ai entendus maudissant ton saint nom et tournant en dérision les Dieux de l’Empire !
— Relève-toi, répondit l’Empereur. Tu fis ton devoir en observant ces choses et en me les rapportant fidèlement. Fussent-ils assis sur les marches de mon trône, les coupables ne sauraient détourner de leur tête la hache du licteur. Va donc, et, porteur de mon sceau que je te confie, requiers les centurions de garde. Ils te donneront des hommes pour t’aider à saisir ces rebelles. Ma volonté est qu’on les prenne vivants, car j’entends qu’on en fasse un exemple pour glacer de crainte le cœur de ces chrétiens détestables. Ainsi, s’il plaît aux Dieux, verrons-nous la fin de ces troubles, et l’ordre sera rétabli dans Éphèse. Va donc, et qu’on me ramène ces jouvenceaux : je les veux interroger en personne.
Mais, sans se laisser troubler par l’appareil de la majesté impériale, Maximilien, une fois en présence de Decius, confessa hardiment sa foi :